Ecole Primaire Les Cèdres Quetigny

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Conseils de lecture

 Des livres pour enfants et adultes que nous vous conseillons...


Livre / "Women's Book" de Véronique Durruty - Un monde de femmes - 25 ans de voyages et de rencontres

WOMEN'S BOOK

Véronique Durruty

Editions de la Martinière - 2014

 

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Véronique Durruty est une artiste, auteur et grande voyageuse, une femme curieuse de ce qui l'entoure

Elle est partie à la découverte des peuples du monde avec ses caméras, ses carnets de dessins et d'esquisses, aussi ses stylos pour raconter et faire partager ses expériences et ses rencontres. 

 

Cela a donné lieu à une vingtaine d'ouvrages qui racontent les gens du monde par le prisme de la femme que Véronique Durruty est, humble citoyenne d'une planète aux multiples cultures qui confrontent la nôtre, les nôtres, qui nous rappelle avec simplicité que nous sommes des gens comme les autres, même ceux qui peuvent nous paraître étranges au point de les appeler "étrangers".

 

On se peut se souvenir de son magnifique ouvrage "Road Book - Voyageurs du Monde" , splendide traversée de la planète en textes concis, en dessins et en photographies du mouvement des choses et des gens. 

 

Véronique Durruty a repris ici le même principe, la même approche de présentation de ses rencontres avec les femmes du monde, sans doute même avec plus d'implication parce qu'en tant que femme, elle ressent davantage les douleurs, les souffrances, les inégalités dont elles sont les victimes, mais aussi les bonheurs secrets ou révélés qu'elle peut capter parce qu'une femme est facilement acceptée dans les cercles de femmes. 

 

Il en ressort un ouvrage aussi puissant que les sentiments et les énergies qui émanent de ces pages : la beauté de ces personnes, le sens de l'accueil, les contradictions de leur vie, la place des femmes dans les sociétés humaines (pas souvent faciles), leurs relations aux hommes, les rires et les bonheurs partagés, le quotidien en photos volontairement floues qui donnent du mouvement à la vie, les croquis qui rappellent les tracés rapides au coin d'une rue et l'art des encres d'Asie ou d'Afrique. 

 

Et puis surtout Véronique Durruty s'implique totalement dans cet ouvrage. Elle n'est pas le conteur qui regarde avec recul ce qu'elle voit. Elle parle à la première personne, celle qui s'émerveille et se questionne, celle qui accepte de recevoir les cadeaux que sont ces rencontres, ou les chocs inattendus de cultures qui bousculent notre image confortable du monde.  

 

Son "Je" n'est pas l'égo surdimensionné de celle qui se place au-dessus de la mêlée des mouvements du monde. Non, son "Je", c'est celui du voyageur qui est prêt à se remettre en cause au contact de ce qu'il ne connaissait pas auparavant. Ce voyageur qui confronte les réalités de sa vie aux découvertes de ses voyages.

 

Au final, ce ne sont pas des vérités universelles qui en ressortent, mais des constats, des questions souvent sans réponses évidentes qui nous font sortir de notre zone de confort pour bousculer notre existence

 

Et puis, il faut y ajouter la qualité de l'oeuvre livresque, le contenu autant que la présentation. Le travail des Editions de la Martinière y est ici remarquable. C'est un objet d'art à part entière, à feuilleter en prenant son temps, en s'émerveillant de chaque photo, de chaque dessin, de chaque montage textes et images. 

 

C'est un très bel hommage aux femmes du monde. Toutes, des plus jeunes aux plus âgées. Un voyage dans l'intime de vies que nous ne soupçonnions pas.

 

Ce peut- être un très beau cadeau pour des mères, des filles, des grand-mères, mais aussi pour des hommes attentifs à la qualité des relations entre humains, qui qu'ils soient.  

 

 

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 Galerie -Photos

 


11/06/2017
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Roman / "Le Vieux qui lisait des romans d'amour" de Luis Sepulveda

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« Le Vieux qui lisait des romans d’amour » (1989)

Luis Sepulveda

Titre original : « El viejo que leia novelas de amor »

1992, Editions Métailié, pour la traduction française

Traduction : François Maspéro

129 pages

 

 

Attention ! Chef d’œuvre ! 

Voici un ouvrage petit en nombre de pages mais un très grand roman en termes de puissance et d’impact.

 

« Le vieux qui lisait des romans d’amour » est une fable naturaliste et humaniste sur le sens d’une vie, à travers l’histoire d’un vieil homme sur l’immense territoire d’un petit village amazonien de l’Equateur, El Idilio. Un lieu sacré pour les uns (les indiens Shuars), un lieu de perdition pour les autres (les chercheurs d’or et de diamants). Le tout sur fond de menace sourde et invisible d’une femelle ocelot dont on a tué les petits et blessé le mâle.

La mort est toujours présente dans ce paradis ou cet enfer végétal selon la manière de se l’approprier.

 

Le vieil homme, José Antonio Bolivar, avait fui l’autre monde, celui des villes et des apparences. Il s’était installé en plein territoire Shuar où il avait tout appris de la vie  dans ce territoire sauvage aux règles nettes et sans détour parce qu’absolument nécessaires à la vie ou à la survie. Dans cette forêt humide où la canopée cache la lumière, où la pluie se transforme en brouillard qui rend tout invisible, les Shuars ont appris à José Antonio Bolivar les mille et une petites choses qui permettent de savoir répondre à ses besoins de nourriture, de chasse, de déplacements, de protection face aux menaces multiples, de respect de cette nature qui offre tout ce qui est nécessaire pour vivre.

Comme dirait l’indien en crachant bien fort pour qu’on sache qu’il dit la vérité : « (…) Tu es le chasseur des blancs, tu as un fusil, tu violes la mort en l’entourant de douleur. (…) »

Et dans cette façon de considérer la nature environnante comme une personne nourricière à part entière, les Shuars ajoutent : « Le jour, il y a l’homme et la forêt. La nuit, l’homme est forêt. »

 

C’est dans cette atmosphère prégnante et belle à la fois que se dessine une lutte sans merci entre les hommes et l’ocelot, entre les fusils et les griffes, entre ceux qui s’imaginent puissants parce qu’ils ont un fusil  et l’autre puissance tapi dans l’ombre d’un lieu qui est le sien.

 

 

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José Antonio Bolivar sait tout cela comme il sait aussi lire (pas très bien, mais il sait). Et son imagination est emplie de ces romans du monde entier qui parlent de l’amour, ces livres qui débarquent au quai d’El Idilio par les barques en provenance des villes en amont du fleuve, si lointaines et si proches à la fois.

Les amants de la littérature occidentale de Venise et d’ailleurs trainent quelque part dans l’Amazonie d’un vieil homme qui cherche « cet amour pur, sans autre finalité que l’amour  pour l’amour. Sans possession et sans jalousie », celui qu’il avait trouvé dans sa vie avec les Shuars.

 

Ce roman pourrait presque ressembler à un parcours initiatique qu’on commencerait par la fin quand le savoir acquis sert de point d’appui pour comprendre l’incapacité de l’homme moderne qui croit dominer le monde dans d’illusoires concepts de domination.

C’est là où l’histoire particulière avec l’ocelot prend toute sa puissance parce qu’elle est portée par ce riche univers de pensée autour du personnage de José Antonio Bolivar.

Tout apparaît alors avec l’évidence que nous aussi, lecteurs, nous avons quelque chose à apprendre de cette histoire pourtant si loin de  nous, dans l’Amazonie d’outre-Atlantique. Nous aussi, lecteurs d’un autre continent, nous avons notre El Idilio, notre ocelot qui nous pourchasse quelque part sans que nous le chassions. Nous aussi, nous feignons de ne pas voir alors que nous voyons, alors que nous savons…

 

 

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Luis Sepulveda a écrit là un chef d’œuvre de la littérature. Et ce n’est pas par hasard que des millions de lecteurs dans le monde ont « dévoré » ce roman.

 

Le monde d’aujourd’hui rend encore plus urgent la lecture de cet ouvrage.

 

 

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Extraits :

 

Page 11 :

Le ciel était une panse d’âne gonflée qui pendait très bas, menaçante, au-dessus des têtes. Le vent tiède et poisseux balayait les feuilles éparses et secouait violemment les bananiers rachitiques qui ornaient la façade de la mairie.

 

Page 14 :

La différence était énorme entre un Shuar hautain et orgueilleux, qui connaissait les régions secrètes de l’Amazonie, et un Jivaro tel que ceux qui se réunissaient sur le quai d’El Idilio dans l’espoir d’un peu d’alcool.

 

Page 33 :

Il lisait en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s’il les dégustait, et, quand il avait maîtrisé le mot entier, il le répétait d’un trait. Puis il faisait la même chose avec la phrase complète, et c’est ainsi qu’il s’appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages.

 

Page 45 :

Sa connaissance de la forêt valait celle d’un Shuar. Il nageait aussi bien qu’un Shuar. Il savait suivre une piste comme un Shuar. Il était comme un Shuar, mais il n’était pas un Shuar.

 

Page 56 :

Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. Il savait lire. Il possédait l’antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. (…)

 

Page 84 :

Il repéra d’abord le colon. Il le reconnut à son crâne sans dents. L’américain gisait quelques mètres plus loin. Les fourmis avaient fait un travail impeccable et n’avaient laissé que les os, nets, pareils à de la craie. Elles étaient en train de terminer le squelette. Telles des bûcheronnes minuscules et cuivrées, elles transportaient un à un les cheveux jaunes paille pour étayer le cône d’entrée de leur fourmilière.

 

Page 88 :

Il pleuvait moins, mais l’eau tombait en lourdes rigoles. La pluie était arrêtée par le toit végétal. Elle s’accumulait sur les feuilles et, quand les branches finissaient par céder sous son poids, l’eau se précipitait, chargée de toutes sortes de senteurs.

 

Page 107 :

Quelque chose lui disait que la bête n’était pas loin. Peut-être qu’en ce moment précis elle était en train de les observer. En outre, depuis quelque temps, il se demandait pourquoi toutes ces victimes le laissaient indifférent. C’était probablement sa vie passée avec les Shuars qui lui faisait voir ces morts comme un acte de justice. Un acte sanglant, mais inéluctable, œil pour œil.

 

Page 109 :

Souvent les habitants parlent de toi en t’appelant le Chasseur, et tu leur dis que ce n’est pas vrai, parce que les chasseurs tuent pour vaincre la peur qui les rend fous et les pourrit de l’intérieur.

 

Page 111 :

« Si la piste est trop facile et que tu crois tenir l’ocelot, c’est qu’il est derrière toi, les yeux fixés sur ta nuque » disent les Shuars, et c’est vrai.

 

Page 122 :

L’ocelot capte l’odeur de la mort que beaucoup d’hommes portent sur eux sans le savoir.  

 

 

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Petite biographie de Luis Sepulveda

 

L'auteur est né au Chili en 1949. Il vit actuellement dans les Asturies, une région au nord-ouest de l'Espagne. Il a aussi habité à Hambourg, au nord de l'Allemagne et à Paris. 

Cet écrivain voyageur a entre autres écrit "le Vieux qui liait des romans d'amour", mais aussi "Un nom de torero", Le Monde au bout du monde", "le Neveu d'Amérique".

Ces romans sont publiés dans plus de 50 pays et ce sont des best-sellers. 

Luis Sepulveda est aussi scénariste, réalisateur, producteur et même acteur pour le cinéma. 

"Le Vieux qui lisait des romans d'amour" a reçu le prix France-Culture étranger et celui du Roman d'évasion. Il a été adapté au cinéma en 2001 avec Richard Dreyfus dans le rôle principal. 

Luis Sepulveda est aussi un défenseur de la nature, membre de Greenpeace. Son ami brésilien Chico Mendes, un défenseur de la forêt amazonienne fut assassiné en 1988 sur ordre d'un riche propriétaire de terre. Il lui dédiera un de ses livres. 

 

 

 

Le Vieux qui lisait des romans d'amour, réalisé par Rolf De Heer.
Titre original : The Old Man Who Read Love Stories
Date de sortie : 07-03-2001

 

 

 

Les premières pages de l'ouvrage "Le Vieux qui lisait des romans d'amour" de Luis Sepùlveda. 

 

 

 


Théâtre - Adaptation et mise en scène de Patrick Chevalier

A El Idilio, bourgade perdue au bord d'un bras de l'Amazone, vit Antonio Jose Bolivar que tout le monde appelle « Le vieux ». Un jaguar sème la terreur aux alentours parce qu'un ignorant a tué toute sa portée. Antonio est chargé de résoudre le problème. Mais il est plus proche de ce jaguar que de ceux qui détruisent la forêt et persécutent les Indiens.


26/12/2016
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Livre - Essai / "Les Identités Meurtrières" par Amin Maalouf

Parce que l'année 2016 continue de par le monde, en France y compris, à diviser les hommes au lieu de les rassembler, c'est l'opportunité de remettre au goût du jour ce livre essentiel de Amin Maalouf sur l'identité, sur les identités.

 

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Les Identités Meurtrières

de Amin Maalouf

Editions Grasset 

Le livre de poche n°15005 / 189 pages

 

 

Amin Maalouf - Identités Meurtrières.jpg Version d'origine - Editions Grasset

 

 

 

Amin Maalouf formule un vœu pour son livre : 

"que [son] petit-fils, devenu homme, le découvrant par hasard dans la bibliothèque familiale, le feuillette, le parcoure un peu, puis le remette aussitôt à l'endroit poussiéreux d'où il l'avait retiré, en haussant les épaules, et en s'étonnant que, du temps de son grand-père, on eût encore besoin de dire ces choses-là."

 

Il est vrai que ce livre renferme une somme conséquente d'évidences sur l'identité, ou encore sur les identités, ou plutôt sur notre identité multiple. Et pourtant, on peut constater avec regret que ces évidences n'ont plus leur place en ce monde. 

 

A la lecture de ces pages, on peut se rendre compte que l'humanité passe à côté de ces évidences qui sont pourtant l'essence de la vie humaine. 

 

Du Moyen-Orient à l'Occident, en traversant l'ensemble des continents, en visitant un grand nombre de peuples, partout ce sont des êtres humains, les mêmes et tous différents, tous complémentaires. Cela peut paraître simple de le dire, de l'écrire. Pourtant non. On ressort de ce livre avec des yeux grands ouverts sur les béances de notre monde, et l'évidence devient cet objet obscur et refoulé que beaucoup gardent au fond d'eux, sans chercher à trop y regarder, de peur de trouver là les raisons de leur surdité et de leur vision aveuglée de l'existence d'autrui. 

Cet ouvrage est une lumière sur notre obscurité parfois voulue. 

 

Nous sommes complexes. Nos identités sont complexes. Chacune d'elles. Dans un monde qui cherche à tout simplifier. Même nos identités. 

 

Le livre d'Amin Maalouf passe au crible les grands conflits (anciens et actuels) de notre planète, conflits collectifs et individuels, les religions, les doctrines, les traditions, les rites et les croyances. Un livre qui ouvre un champ considérable de questions, qui ouvre l'esprit à une autre image de "l'autre", à une autre image de soi-même. C'est un essai (comme il est défini par l'auteur), et aussi plus qu'un simple essai. C'est une clé vers ce que notre monde pourrait être si nous regardions cet autre, ailleurs et à côté de nous, d'un oeil différent et moins hostile, avec l'évidence qu'il est autant humain que nous, qu'il soit suédois, sud-africain ou arabe, juif musulman ou orthodoxe, noir jaune rouge ou blanc. Qu'au-delà de toutes nos appartenances, il en est une qui nous est commune à tous, c'est notre humanité, égale pour tous, partout, hier, aujourd'hui et demain. 

 

Considérant ce point de vue comme une base pour penser le monde, c'est avec un autre regard que l'on observe sa marche et ses tourments. C'est avec cet autre regard  que l'on pose des espoirs pas forcément vains. 

 

Forcément ce livre trouve aisément sa place sur un blog d'école, lieu d'éducation s'il en est, lieu d'expérimentation de ce qu'est la tolérance et le partage. Car, si le monde doit changer, ce sont avant tout les adultes de demain qui seront aux commandes. Et les adultes de demain, ce sont les enfants d'aujourd'hui, ceux qui sont dans les écoles ou ceux qui devraient y être (ceux des pays où la vie ressemble davantage à de la survie). 

Les propos d'Amine Maalouf, les enseignants pourraient les tenir à leurs élèves. Ils les tiennent déjà en partie, tant l'école de la République est porteuse de cet espoir d'avancer ensemble malgré nos différences, grâce à nos différences.  

 

Voici donc un ouvrage hors du temps qui comme Amine Maalouf l'a fort bien énoncé dés le départ, ne devrait même pas exister car le fait qu'il reste une référence signifie que le monde ne va pas bien. 

 

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Extraits

 

 

(page 17 à propos de nos différentes appartenances) "C'est justement cela qui fait la richesse de chacun, sa valeur propre, c'est ce qui fait que tout être est singulier et potentiellement irremplaçable."

 

 

(page 28) "L'humanité toute entière n'est faite que de cas particuliers, la vie est créatrice de différences, et s'il y a "reproduction", ce n'est jamais à l'identique."

 

 

(page 42) "Lorsque nous installons telle communauté dans le rôle de l'agneau, et telle autre dans le rôle du loup, ce que nous faisons, à notre insu, c'est accorder par avance l'impunité aux crimes des uns."

 

 

(Page 50) Le pays d'accueil n'est ni une page blanche, ni une page achevée, c'est une page en train de s'écrire."

 

 

(Page 76) "Quand... des musulmans du tiers-monde s'en prennent violemment à l'Occident, ce n'est pas seulement parce qu'ils sont musulmans et l'Occident chrétien. C'est aussi parce qu'ils sont pauvres, dominés, bafoués et que l'Occident est riche et puissant."

 

 

(page 110) "Une vision du monde qui transcende notre existence, nos souffrances, nos déceptions, donne un sens à la vie, à la mort (...) Séparer l'Eglise et l'Etat ne suffit pas : tout aussi important serait de séparer le religieux de l'identitaire."

 

 

(page 124) Respecter quelqu'un, respecter son histoire, c'est considérer qu'il appartient à la même humanité, et non à une humanité différente, une humanité au rabais.  

 

 

(page 142) Chacun devrait pouvoir assumer, la tête haute, sans peur et sans rancoeur, chacune de ses appartenances. 

 

 

(page 153) Un homme peut vivre sans aucune religion, mais évidemment pas sans aucune langue.

 

 

(page 170) Une laïcité sans démocratie est un désastre à la fois pour la démocratie et pour la laïcité. 

 

 

(page 177) Parce qu'on porte déjà sur son visage la couleur de son appartenance, parce qu'on fait partie de ceux qu'on appelle dans certaines contrées "les minorités visibles", alors on n'a pas besoin de longues explications pour comprendre que les mots de "majorité" et de "minorité" n'appartiennent pas toujours au vocabulaire de la démocratie. 

 

 

Pascal Marchand

 

 


26/01/2016
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Bande dessinée / "Hello Monsieur Hulot" de David Merveille d'après Jacques Tati

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Hello Monsieur Hulot

de David Merveille

Editions du Rouergue

2010

 

Retrouvez le monde de M. Hulot dans ce magnifique ouvrage de bande dessinée signé David Merveille. 

On connaît parfaitement le monde poétique et onirique de Jacques Tati, alias Monsieur Hulot.

"Jour de fête", "Mon Oncle",  "Les Vacances de Monsieur Hulot", "Play Time" et d'autres encore font désormais partie de la culture du cinéma et de la culture tout court.  

Au travers de ces films, Jacques Tati démonte les excès du monde moderne avec la poésie d'un Jacques Prévert, l'humour burlesque d'un Charlie Chaplin. 

Il aime les gens simples, ceux qui font la vie tout autour de nous. Il y a un côté clown de théâtre dans ces déambulations presque aléatoires où on jubile de cette confrontation comique à la rigidité du monde.

C'est un esprit de liberté qui continue d'émouvoir car, même à une époque qui ne ressemble plus beaucoup à celle de M. Hulot, cette envie et ce besoin de regarder le monde avec des yeux joueurs sont plus que nécessaires. 

 

David Merveille retranscrit complètement cet univers si ancré dans la réalité de tous les jours, et aussi totalement hors du temps.

 

Histoires, dessins couleurs, la France des années Tati raviront les inconditionnels du cinéaste tout comme les lecteurs d'aujourd'hui. On sourit, on rit même parfois et on retrouve ce parfum du temps retrouvé où l'on savoure chaque instant comme un bon gateau qu'on déguste petit morceau par petit morceau.

 

Un livre à découvrir ou redécouvrir. Laissez-vous emporter dans l'univers de Jacques Tati que s'est approprié David merveille...

 

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Bande-annonce de "L'illusionniste" d'après un scénario de Jacques Tati, 

Tout l'univers de M. Hulot

 


19/01/2016
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Livre jeunesse / "Marco Polo, une vie d'aventurier" - Texte de Pierre Ducrozet

MARCO POLO

"Une vie d'aventurier"

 

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Texte de Pierre Ducrozet

Images de Marie-Charlotte Aguerre

Lu par Hanane Essalhi (CD)

Musiques de Jordi Savall et Antonio Vivaldi

Editions Bulles de Savon - Mars 2012

44 pages + un CD audio

 

 

Avec l'approche de Noël, voici une belle idée de cadeau. Marco Polo raconté aux enfants sur des pages magnifiquement illustrées et sur un CD qui accompagne le livre. 

 

Les aventures de Marco Polo commencent à Venise près des palais et des petites ruelles sombres. Marco Polo cogite. Dans sa tête il est déjà parti. Il ressent le besoin d'aller voir ailleurs, là où beaucoup n'iraient pas. Cette idée de voyage lui est venu de son père Niccolo et de son oncle Maffeo qui ont déjà parcouru l'Asie. Lui aussi veut aller voir de plus près le Grand Khan, empereur des Mongols.

 

C'est ainsi qu'il embarque en 1271 pour Saint-Jean d'Acre, cette ville du nord de la Palestine. Il n'a que 17 ans. 

Après, c'est une Arménie en guerre qu'il doit traverser, puis la Perse parcourue par les brigands. Ce n'est que le début de l'épopée...

 

Tel un roman d'aventures, on suit Marco Polo dans ce qui fut son grand périple. 24 années qu'il racontera à son compagnon de cellule, Rustichello, en 1298 alors qu'ils étaient prisonniers après une bataille contre les Gênois. Et Rustichello émerveillé notera tout ce que lui raconte Marco Polo dans leur cachot sombre. 

 

Quand ils sortiront de prison, Marco Polo repartira avec un livre sous le bras, celui de ses aventures, celui qui deviendra le Livre des Merveilles. 

C'est le livre qui sera diffusé largement par l'imprimerie bientôt naissante. Il donnera envie à d'autres aventuriers d'aller à l'autre bout du monde.

Sans le savoir, Marco Polo a fait de sa vie une ode à l'aventure. Sans le savoir, il est devenu une légende à travers les siècles... grâce à Rustichello qui l'a transformée en écrit. 

 

Les éditions Bulles de Savon ont eu la riche idée de raconter l'existence de personnages exceptionnels comme Marco Polo dans leur collection "Traces de vie". Livre destiné à la jeunesse, cet ouvrage est tout aussi intéressant pour des adultes qui y trouveront un savoir ludique à partager avec leurs enfants ou leurs proches. 

 

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25/11/2015
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Littérature jeunesse - "Le cabanon de l'Oncle Jo" de Brigitte Smadja

LE CABANON DE L'ONCLE JO

 

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De Brigitte Smadja

Editions L'école des Loisirs - 1996

Collection Neuf

126 pages

Illustration de couverture : Franck Margerin

 

 

La venue de Brigitte Smadja à Quétigny au printemps 2016 pour les Rencontreries donne l'occasion de faire un focus sur un de ses ouvrages jeunesse : "Le Cabanon de l'Oncle Jo" qui date de 1996.

Préfacé "Pour mon Oncle Jo, ma tante Denise et mes sept cousins", cela laisse supposer que l'histoire est véridique ou qu'au moins elle s'inspire d'une réalité familliale. 

 

Quoi qu'il en soit, "Le cabanon de l'Oncle Jo" est une belle histoire de famille du temps où le portable n'existait pas. Nous sommes dans la banlieue de Paris, à Saint-Denis. 

La petite Lili n'a pas pu être inscrite à la colo comme ses frères. Sa mère Mina n'a pas d'autre choix que de la faire garder par sa tante Denise et son mari l'Oncle Jo, ainsi que leurs septs enfants. Voilà donc que commencent des vacances d'été dans le monde bétonné qui entoure un immense terrain vague. 

C'est un monde de bruit avec des voisines bavardes qui viennent tous les jours prendre le café chez Tata Denise.

C'est un monde qui sent le savon et l'eau de javel, dans un appartement lavé et relavé quotidiennement.

C'est un monde qui sent la viennoiserie avec les fameuses brioches de la tante qui parfument toute la maison. 

 

Lili va aussi découvrir un oncle silencieux, assis dans son coin et dont personne ne semble se soucier. 

Peu de temps après lui avoir décroché un sourire, l'Oncle Jo disparaît...

Commence alors la deuxième partie de l'histoire, une belle aventure initiatique dans un esprit entre "Le petit jardin" de Jacques Dutronc et le film "Les Enfants du Marais". Les moments éphémères sont vécus à pleins poumons, dans une grande énergie. Et ce qui a été, l'espace de deux années, restera gravé dans la mémoire de cette petite fille devenue femme.

 

C'est un plongeon dans le monde de nos enfances terrées quelque part dans nos têtes, ces enfances qui ont fait de nous les adultes que nous sommes. Ici, la nostalgie est heureuse et parfumée, aussi sans regrets. Comme dirait Charlélie Couture dans sa chanson "La ballade du mois d'août 75" : ça donne un peu de lumière les jours de pluie. 

 

Un beau livre à savourer en famille...

 

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AVT_Brigitte-Smadja_7602.gif  Brigitte Smadja

 

 

 


25/11/2015
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Album / "Ecrivains qui êtes-vous ?" de Pierre Ducrozet - Tableaux de Anna Forlati

Ecrivains qui êtes-vous ?

 

Écrivains-qui-êtes-vous-Une.jpg Textes de Pierre Ducrozet

Illustrations de Anna Forlati

Editions Bulles de Savon - 2015

 

 

 

Heureuse initiative des éditions Bulles de Savon. Elles nous proposent une approche innovante, ludique et vivante du monde des écrivains et des artistes. 

 

Ce ne sont pas des biographies savantes et détaillées. Ce ne sont pas des autobiographies dont beaucoup n'existent pas. Les concepteurs de cet album ont choisi d'allier les deux approches avec tous leurs avantages mais sans leurs inconvénients. 

 

Ce sont des autobiographies dans le sens où ce sont les écrivains qui nous parlent d'eux, sur l'espace d'une page. Pourtant ces autobiographies sont imaginaires. Elles proviennent de l'esprit de Pierre Ducrozet. Celui-ci s'inspire de leur vie pour imaginer ce qu'ils auraient pu dire de leur existence si on avait pu le leur demander. 

 

La présentation est remarquable de qualité, de simplicité et d'efficacité. Sur une page, on peut découvrir l'histoire de l'écrivain racontée à la première personne. Sur l'autre, on découvre le magnifique portrait peint par Anna Forlati au bas duquel est joint une petite biographie rapide d'une dizaine de lignes. 

 

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La magie de cet ouvrage jaillit des émotions suscitées par les mots supposés de l'écrivain.  Il nous parle de l'intimité de son art, de ce qui le meut dans l'art de l'écriture. C'est comme si on entrait dans sa pensée secrète, dans le mouvement des mots qu'il pose sur les feuillets de ses manuscrits. Un extrait d'une de ses oeuvres majeures complète ce voyage littéraire. 

 

Dans la tranquillité de sa maison, on laisse surgir avec bonheur un lien direct et silencieux entre l'écrivain et soi

 

Ainsi, nous entrons dans la vie de 18 écrivains célèbres de la littérature mondiale. 

Jack Kerouac, Gustave Flaubert, Stendhal, Albert Camus, Céline, Hemingway, Marcel Proust, Balzac, Julio Cortazar, Georges Perec, Franz Kafka, Jorge Luis Borges, Dostoïevski, Georges Simenon, Virginia Woolf, Georges Orwell, Italo Calvino, Alexandre Dumas.

 

 

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Est-ce un album pour enfants ? Oui. Pour des jeunes à partir de 10-11 ans. La mise en page est colorée, le décodage des pages est simple. Le format album est celui des livres de l'enfance. 

 

Est-ce un album pour adultes ? Oui aussi. Parce qu'il réveille l'enfant qui sommeille en soi.  Parce qu'il offre une vision synthétique et rapide de la vie de ces auteurs. Parce qu'il donne accès aux clés de l'écriture d'auteurs dont on connaît les noms, certaines oeuvres, sans trop savoir ce qu'ils ont représenté dans l'histoire de la littérature. 

 

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Virginia Woolf peinte par Anna Forlati

 

Et puis, en plus de tout cela, le livre comme objet est tout simplement beau. Il donne envie qu'on l'ouvre, simplement pour regarder les portraits et les couleurs, ces mots qui nous sont directement destinés. 

 

Dans cette collection "Qui êtes-vous" au Editions Bulles de Savon, on trouve aussi :

"Peintres qui êtes-vous ?" de Jean René - Illustrations : Marcelino Truong

"Poètes qui êtes-vous ?"

Et bientôt arriveront "Explorateurs qui êtes-vous?" , "Rebelles qui êtes-vous ? "...

De quoi réveiller son impatience....

 

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Editions Bulles de Savon 

Bas de Rochefort

69850 Saint-Martin-en-Haut

Tél 09.86.20.31.13

Site Internet - Lien direct :  www.editions-bullesdesavon.com/

 

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L'écrivain Georges Perec avec son chat par Anna Forlati


27/09/2015
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Livre / "La Croisade de Falconer" de Ian Morson

La Croisade de Falconer

de Ian Morson

Titre original : « Falconer’s crusade » (1994)

Traduit de l’anglais par Christophe Valia-Kollery

Editions Librairie des Champs-Elysées – Hachette – 1998

 

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Voilà un livre formidable. Un polar médiéval passionnant qui nous fait entrer dans un XIIIème siècle complexe et conflictuel.

Nous sommes en 1264. Le prélat Henry Ely propose à Thomas Symon, un jeune paysan doué en grammaire, d’aller suivre les cours du regent master William Falconer à l’université d’Oxford.

Malheureusement pour Thomas, son arrivée de jour est retardée par divers aléas. Finalement, il débarque à Oxford dans la nuit et, comble de la malchance, il est le témoin numéro un du meurtre d’une jeune femme. L’assassin ayant disparu, il est même considéré comme le meurtrier.

Réussissant à échapper à ses poursuivants, il retrouve enfin le regent master Falconer qui tentera tout pour prouver l’innocence de Thomas et trouver le vrai coupable.

Derrière cette intrigue somme toute assez courante dans le polar, se cache un univers historique d’une richesse exceptionnelle. Car l’assassinat de la jeune femme n’est pas anodin.

 

John_Speed's_map_of_Oxford_1605..jpg  Oxford en 1605

 

Pour comprendre cette mort comme d’autres qui vont suivre, il faudra au lecteur se plonger dans la réalité du conflit de la ville d’Oxford au Moyen-âge entre sa population et son université pas toujours bien comprise, dans les mesquineries entre regent master (professeurs d’université) sur fond de pouvoir et d’espoir de promotion dans la hiérarchie royale, dans le combat du roi d’Angleterre pour affirmer son pouvoir face aux barons. Il faudra au lecteur se confronter aux luttes et à l’incompréhension entre les religions (chrétienté, protestantisme et catharisme, judaïsme). Il sera nécessaire d’accéder aux connaissances scientifiques notamment en provenance du monde arabe, en particulier en rapport à la médecine.

Rien n’est simple, encore plus quand la révolte gronde dans la ville et que ces meurtres pourraient être à l’origine d’un massacre à plus grande échelle.

 

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A travers l’histoire de Thomas Symon, nous parcourons le monde médiéval du XIIIème siècle en Angleterre, en France, en Italie. Et, parce qu’il s’agit d’un polar historique, on peut plonger, sans hésiter et avec délectation, dans ces mystères qui pourraient être vite déplaisants s’ils étaient traités  avec une érudition élististe. Ici l'érudition est le fil conducteur de la résolution de l’énigme, la nécessité pour comprendre les forces qui agissent en secret. Les clés du savoir sont les clés de la résolution des meurtres.

Ce roman de Ian Morson est d’une richesse exceptionnelle. Un regard sans concession sur les luttes de pouvoir au Moyen-âge. D’ailleurs, de ce point de vue-là, peu de choses ont changé au XXIème. Les petits intérêts, les gros profits, la dénonciation calomnieuse, l'appétit de pouvoir, les compromissions douteuses sont toujours là.

Lire « La Croisade de Falconer » nous en apprend autant sur le Moyen-âge que sur le monde d’aujourd’hui. Changez les noms, les villes, les pays et vous obtiendrez une « recette » de la même saveur.

Le livre date de 1994 dans sa version d’origine, de 1998 dans sa version française. Il est donc relativement ancien en rapport à la production littéraire. N’empêche, cela vaut le coup d’aller replonger dans cet univers. 

 

Ian Morson 02.png Ian Morson 

 

Extraits 

 

Page 27 

Aujourd'hui, Falconer est regent master à l'université d'Oxford et Ely est un prélat de campagne. Mais ce dernier avait le don de dénicher des jeunes gens ayant fait des débuts prometteurs dans l'apprentissage de la grammaire ; et il les envoyait à Falconer pour qu'ils se mesurent aux disciplines composant le trivium et le quadrivium. Les septs arts libéraux de jadis demeuraient le fondement du savoir. Les trois premiers - la grammaire, la rhétorique et la logique - formaient la base de l'apprentissage des quatre arts majeurs - la musique, l'arithmétique, la géométrie et l'astronomie. Il fallait sept années d'études avant d'espérer pouvoir accéder au grade de master.  Et la science suprême, la théologie, en exigeait encore sept autres. (...)

 

Page 29

Homme étrange en vérité. Sur l'un des murs se trouvait une étagère couvertes de livres. Jamais Thomas n'avait rencontré quiconque en possédant autant. Et d'autres ouvrages étaient posés sur la table de bois qui trônait au milieu de la pièce. La lumière du matin filtrait à travers les vitres dépolies d'une fenêtre située à droite de la cheminée. Un rayon de soleil faisait scintiller des grains de poussière autour de la table, où des ossements s'entassaient pêle-mêle avec quelques plantes depuis longtemps desséchées. Dans le coin le plus éloigné du lit, une chouette imperturbable l'observait sans ciller, perchée sur un bâton grossièrement taillé que l'on avait planté à l'angle de deux murs. Juste en dessous d'elle, des pots de terre étaient posés en rang sur le sol. Thomas se souvint aussitôt que sa mère lui avait recommandé la méfiance à l'égard des alchimistes qui cherchaient sans cesse des cadavres frais pour leurs expériences. Il frissonna.

- Quand tu auras terminé l'inventiare de ma chambre, je te présenterai Hught Pett. (...)

 

Page 37

(...) Les quartiers de viande à l'étal du boucher amenaient celui (un étudiant) que son collègue avait chargé de l'approvisionnement à se demander ce qu'il pouvait s'offrir avec son argent de poche, pour calmer sa faim sans délai. Et chez le savetier, l'odeur du cuir se mêlait à celles de la bière et du vin. La population de la ville, bien que plus nombreuse que les étudiants, cohabitait avec l'université dans un état de trève précaire. (...) 

 

Pages 51-52

Pataugeant dans la boue, il courut jusqu'au bout de l'étroite ruelle qui se divisait en deux. Tout en essayant de retrouver son sang-froid, il tendit l'oreille. des éclats de voix rageurs lui parvenaient des deux côtés. Il ne lui restait plus qu'à rebrousser chemin pour fuir dans le dédale où il s'était perdu en venant.

Contraint de reprendre son souffle, il s'appuya contre le bois noueux d'une porte. Celle-ci s'ouvrit sous son poids et il trébucha en avant. Il reprit son équilibre et regarda devant lui, s'attendant au pire. Mais il était seul dans un corridor lugubre - il ne devait qu'au hasard d'un verrou mal refermé d'avoir pu y entrer.

Il allait tourner ses talons par le même chemin, mais il se ravisa entendant les voix menaçantes, à présent toutes proches, qui s'interpellaient. Il claqua la porte, prit soin de bien la verrouiller et s'adossa contre elle, rassuré de la sentir si solide. Cela ne rendit que plus terrifiante la vision qu'il eut en rouvrant les yeux. (...)

 

Page 63

Nombreux étaient ceux qui nourrissaient de la crainte et de la haine vis-à-vis des juifs, mais Falconer avait conçu dés sa jeunesse, loin d'Angleterre, une grande admiration pour l'érudition de ce peuple ; cela lui avait permis de surmonter ses préjugés. C'était d'ailleurs le vieux rabbin Jehozadok qui l'avait autorisé à emprunter deux exemplaires fort rares de grands livres de l'Arabe Avicenne, le Qanun et le Shifa. Falconer tenait ce dernier ouvrage en très haute estime pour son interprétation des idées d'Aristote.

 

Page 83

Thomas était enfin de nouveau en route vers le quartier juif. Il lui avait fallu longtemps pour faire croire à Hugh Pett qu'il dormait. Mais son gardien avait fini par quitter la chambre et Thomas en avait profité pour se hisser  par la fenêtre. (...) 

 

Page 161

(...)

- Vous autres , jeunes gens, vous prenez pour le centre du monde et de tout ce qui s'y produit. En fait, nous ne sommes qu'un grain de sable aux yeux de Dieu. (...)

 

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Dans cette série où le personnage principal est William Falconer, vous pouvez aussi lire 

LE JUGEMENT DE FALCONER

Un polar médiéval tout aussi passionnant se déroulant au moment de la mort du pape Alexandre au XIIIème siècle.

Pas de bienveillance religieuse mais un véritable conflit violent pour obtenir le poste suprême à la tête de l'église.

La guerre de succession fait rage, chacun des postulants au trône du Vatican cherchant des appuis politiques et financiers auprès des rois et des puissants européens. Bien évidemment, cela conduit à des assassinats et des morts inexpliquées que la raison aristotélicienne de William Falconer permettra peut-être d'y mettre un sens, au risque de sa vie et de celles de ses compagnons de route. 

Le récit de fiction intègre de véritables données historiques, met en scène les rapports entre tenants des différentes religions, donne des précisions très fines sur la vie à cette époque, ce qui donne une densité considérable au roman. 

Un livre à ne pas rater

 

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Extraits 

 

Page 9 

Un lourd parfum d'encens planait dans la chambre comme un brouillard malsain au-dessus du Tibre. Le corps qui reposait sur le lit était paré de riches vêtements, et les mains jointes sur la poitrine se serraient en une silencieuse prière. L'homme au visage de marbre, ainsi étendu, semblait déjà métamorphosé en statue immobile et glacée, identique à celle qui se trouverait bientôt au-dessus de son tombeau, rendant inutile l'intervention des tailleurs de pierre. 

 

Page 39

Frère John s'était débrouillé pour que ses appartements se situent près de la salle de travail de l'abbaye, qui se trouvait en haut sur la façade sud. L'emplacement avait été choisi afin que les frères occupés à copier les manuscrits puissent travailler jusqu'à ce que le soleil soit presque en dessous de l'horizon. De l'aube au crépuscule, les grandes fenêtres en arche recueillaientla lumière naturelleet permettaient aux copistes de bien utiliser leur longue journée de travail. 

 

Page 74

L'évêque Otho était un homme puissant à double titre : nommé par le pape, on disait qu'il bénéficiait aussi des faveurs du roi. Certains membres du groupe n'aimaient pas faire appel à un étranger, mais en cas de besoin, chacun devait ravaler sa fierté.

 

Page 96

Il préférait s'asseoir au milieu de ses étudiantssur els bancs étroits  ou aropenter les allées en lançant des questions à la cantonade. Il traitait de son sujet favori.

- L'étude des sciences naturelles, zoologie, botanique et alchimie nous apprend que ce n'est pas par l'observation exacte que nous parvenons à la vérité. D'après Abelard, une doctrine ne saurait être suivie uniquement parce c'est la parole de Dieu, mais parce que nous sommes convaincus par la raison. 

Un frisson d'excitation parcourut l'assembléeà l'énonce de cette affirmation visblement hérétique...

 

Page 106

Tout en reprenant en sens inverse l'interminable couloir, Falconer ne put s'empêcher de songer à l'expression du visage de l'évêque à l'annonce de la mort du pape. Il n'exprimait ni horreur, ni tristesse, seulement de l'ambition.

 

Page 145

- Non, l'assassinat du Gallois confirme l'existence d'un complice, ou peut-être d'une main qui contrôle tout. Il faudrait d'ailleurs que ce soit quelqu'un d'étranger au cercle des étudiants et qui ait une raison plus importante de tuer l'évêque qu'une simple moquerie à l'égard d'un mendiant ébouillanté. Cela devient une affaire de plus grande ampleur et qui concerne le pouvoir et la succession du pape...


24/07/2015
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Conseil de lecture - "L'horizon bleu" de Dorothée Piatek

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L'Horizon bleu

de Dorothée Piatek

Editions du Seuil - 2012

Edition Petit à Petit pour l'édition originale - 2006

107 pages

 

Voici un petit livre passionnant à découvrir absolument tant au niveau du contenu et de l'histoire qu'au niveau de l'écriture.

Un livre qui parle autant aux adultes qu'aux enfants. Une histoire d'humains plongés dans la guerre. Il s'agit de la 1ère Guerre Mondiale. Mais le propos est plus généraliste. Il pourrait être similaire pour n'importe quelle guerre avec son absurdité et ses souffrances inutiles. 

Dorothée Piatek nous fait entrer dans l'univers d'un petit village du nord de la France au début du XXème siècle, Haubourdin. Nous sommes en 1914. L'été est lourd, surtout en raison des menaces qui pèsent sur la paix en Europe. Les rêves de Pierre et Elisabeth vont voler en éclats. Le couple d'enseignants qui voulait découvrir la mer va voir sa vie basculer dans l'enfer de la guerre. Ils rêvaient d'un savoir qui rend fort, qui rend fier. A l'image du film italien "Cuore" de Luigi Comencini (1984) qui aborde un sujet semblable, l'enseignant va perdre ses illusions. Le savoir va sombrer sous les bombes et les tirs de mitrailleuses. Les anciens élèves devenus adultes, les enseignants se retrouveront face à la mort brutale. 

Au lieu d'aller à la mer, Pierre partira au front pour de longues années. Elisabeth se verra, bien malgré elle, prendre la place de son mari dans la petite école d'Haubourdin. 

Le récit de cette séparation douloureuse se présente par des narrations qui nous font pénétrer dans le vécu au quotidien des tranchées, dans cette vie de guerre violente, traumatisante où la peur est la compagne de chaque jour, à laquelle s'associe la folie meurtrière, les haines inutiles et irraisonnées, mais aussi des moments de grâce, d'amitié et de réconciliation, de doute aussi, de questionnement. Nous sommes aussi plongés dans la vie à l'arrière-front avec son cortége de restrictions, de destruction et de mort, d'espoir aussi par le courage de tous ces gens qui cherchent à améliorer l'ordinaire précaire, à rendre vivable ce qui est insupportable.

Entre les parties narratives, des lettres sont retranscrites, celles de Pierre à sa femme Elisabeth, celle d'Elisabeth à son mari, celles de Pierre à ses élèves, de ses élèves à leur enseignant sur le front...

Cela donne beaucoup de rythme au récit, beaucoup de crédibilité. On devine que l'auteur s'est beaucoup documentée. L'épisode de la bataille de Verdun, vue de l'intérieur, loin des chiffres monstrueux que nous connaissons tous, donne l'impression d'être réellement dans la tranchée  ou dans les trous d'obus où se cachent les soldats partis attaquer l'ennemi pour gagner quelques centaines de mètres de terrain. La question d'appartenance aussi est très présente. Que signifie être français ou être allemand quand des deux côtés on vit le même enfer, la même peur, la même souffrance ? 

Il est beaucoup question de courage, de découverte de l'indépendance, de sentiment d'abandon parfois et de désespoir. Mais la vie est toujours là, même dans les moments les plus sombres, qui arrive à se frayer un chemin par les petits interstices que la violence ne peut pas obstruer complètement. De cet enfer, les humains puisent parfois au fond d'eux-mêmes des vertus igorées, une force de vie incroyable pour reconstruire un monde de paix où chacun aurait sa place. 

 

Dorothée Piatek connaît parfaitement son sujet d'autant plus qu'elle est née à Haubourdin en 1969. Elle a écrit là un très beau livre sur la Guerre de 1914-1918, sur l'horreur de la guerre en général et sur la nécessité de savoir vivre ensemble

 

Extraits 

 

Page 7 

J'aime cette photo où l'on voit la terre du Nord calme et tranquille s'étirer à perte de vue. j'en ai passé des après-midi à courir dans ces champs, à jouer sur les pavés qui dessinent les routes de nos campagnes... J'ai eu une belle enfance...

 

Page 11

Lundi 3 août 1914

A 7 heures, les soldats sont réunis sur le quai de la gare d'Haubourdin. Elisabeth se veut digne et courageuse, son visage est creusé. Elle ne peut imaginer que son mari soit précipité sans un monde régi par l'ordre militaire. 

 

Page 25

Ma chère Elisabeth,

Nous sommes épuisés. Il nous faut chaque jour chercher des forces que nous ne trouvons plus. Hier, on nous a fait chanter des chants patriotiques alors que le ronflement des canons se faisait entendre à moins d'un kilomètre (...) Sois courageuse ma chèrie. Pierre

 

Page 50

Sur le front est, les allemands ont lancé leurs offensives. Les premières lignes françaises sont détruites par les bombardements. Les soldats français viennent de perdre du terrain. Les troupes allemandes progressent en les cernanat avec leurs grenades. Les renforts commencent à arriver, mais le gros des troupes est déjà pulvérisé. 

 

Page 74

Pierre parle au milieu ds troncs arrachés, déchiquetés par les éclats de métaux. Ses camarades l'écoutent sans bouger car sa voix traduit la douleur qu'ils portent tous au fond d'eux. Chacun reconnaît sa propre détresse dans la folie qui le gagne.  

 

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Dorothée Piatek sera présente à la bibliothèque de Quétigny le mercredi 18 mars à 17h30 pour des lectures publiques de lettres du livre "L'horizon bleu", par des enfants de la classe de CM1-CM2 de l'école des Cèdres. 

A l'occasion de la venue de Dorothée Piatek en Côte d'Or, les bibliothèques du département lance un concours de lettres et d'illustration sur le thème d'un courrier imaginaire à un des personnages de "L'Horizon bleu", cartes postales à remettre avant le 7 mars dans l'une des bibliothèques participantes. 

 

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Dorothée Piatek lisant un de ses livres


21/02/2015
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Livre / "Harry Potter à l'école des sorciers" de JK Rowling

Harry Potter à l'école des sorciers

 

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Auteur du livre  : JK Rowling

 

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Illustrateur du livre : Jean-Claude Götting

Traducteur : Jean-François Ménard

Editeur : Gallimard Jeunesse

Collection : Folio Junior

Nombre de pages : 302

 

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Résumé du livre :

Harry Potter, jeune orphelin de 11 ans, s'apprête à faire sa rentrée au Collège. Un géant nommé Hagrid vient le chercher chez son oncle et sa tante les Dursley. Il va l'emmener au chemin de traverse où ils vont emprunter de l'argent à Gringotts la banque des sorciers  pour acheter toutes ses affaires d'école. 

Mais qui est l'effroyable mage noir qui a tué ses parents et qui va bouleverser sa première année à l'école de sorcellerie de Poudlard ? 

 

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Avis de Méline L.  sur le livre :

Ce livre est très bien car on découvre le monde de la sorcellerie et le quidditch qui est un sport très populaire dans le monde des sorciers. Suspens et aventure garantis. 

 

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Extrait significatif page 190  

 (Cliquez sur l'extrait pour qu'il s'agrandisse)

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Fiche réalisée par Méline L. (CM2)

 

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Livre audio - Harry Potter à l'école des sorciers : Chapitre 1 - Le survivant

 

 

Harry Potter à l'école des Sorciers en vidéo

 


26/12/2014
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