Ecole Primaire Les Cèdres Quetigny

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La France et ses origines - 2.000 ans d'histoire ?

 

Certaines personnes évoquent la France comme une entité cohérente, deux fois millénaire, presque inamovible. Une conscience nationale qui se perpétuerait de génération en génération. 

Cette manière de penser a le mérite de simplifier la compréhension du monde mais a surtout le gros défaut de donner comme une réalité quelque chose qui n'a jamais existé de la sorte, en fait qui est complètement faux.

La conscience nationale française est une idée très récente à l'échelle de l'histoire des peuples.

Le territoire qu'on appelle la France est le fruit d'un long et perpétuel processus en mouvement permanent qui a amené des peuples et des personnes de toutes origines à modifier l'identité d'être français. Cette identité d'ailleurs continue à se modifier, à évoluer, année après année, comme cela a toujours été le cas depuis deux mille ans. 

 

 

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Un amateur éclairé d'histoire, Jean-Christophe Plot, a mis en avant cettte complexité dans un article passionnant. 

 

LA « FRANCE » EN L'AN 16 : DES TAS DE GAULES 

 

En 16 de notre ère, le territoire qui correspond aujourd’hui aux frontières françaises est entièrement placé sous l’autorité de Tibère, deuxième chef d’un Empire romain fondé par son prédécesseur Auguste.

Le nom même de France n’existe pas. Elle n’est pas un pays, ni une ambition politique, pas même une pensée et encore moins un État indépendant.

 

Ce que nous avons en 16, c’est une série de provinces de statuts différents :

  • La Narbonnaise, province romaine déjà ancienne, menée par un proconsul de Rome ;
  • Les provinces alpestres, qui appartiennent personnellement à Tibère, lequel les fait gérer par un procurateur ;
  • La Gallia Comata, ou Gaule chevelue, dirigée par un légat basé à Lyon. Elle englobe elle-même trois provinces – la Gaule Lyonnaise, la Gaule Aquitaine et la Gaule Belgique, elles-mêmes divisés en 60 cités qui correspondent peu ou prou aux territoires des anciennes tribus gauloises conquises par César.

 

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Notons la remarquable absence de France sur cette carte des provinces romaines en 14 de notre ère.

 

 

Tout cela bougera sous Dioclétien, sous Domitien et d’autres mais le fait est que l’Empire romain en a pour encore quatre ou cinq bonnes centaines d’années d’existence au bas mot avant de disparaître progressivement au 5e siècle.

Ajoutons qu’il n’y a pas non plus l’ombre d’un Français chrétien dans les Gaules. D’abord parce qu’il n’y a pas encore de Français, ensuite parce qu’il n’y a pas de chrétiens, et pour cause : le Christ, en 16 après lui-même, est encore un adolescent ou un jeune homme de Galilée.

Petite parenthèse à ce sujet : Contrairement à ce que l'on pourrait croire, Jésus de Nazareth n'est pas né en l'an 0, mais vraisemblablement entre -4 et -7. Pour comprendre l'erreur, il faut savoir que ce n'est qu'à partir du VIe siècle après Jésus Christ que l'on a commencé à compter les années par rapport à sa naissance. Auparavant, c'était par rapport à la date de fondation de Rome, qui correspond à -754 de notre ère. 

L'erreur vient donc d'un moine, Denys le Petit, qui a calculé que Jésus était né en 754 après la fondation de Rome, date qui est donc devenue l'année 0 de notre ère. Mais cette date était erronée, car on apprit par un historien juif du Ier siècle que le roi Hérode est décédé en 750 après la fondation de Rome. Or selon l'évangile de Matthieu, Hérode est décédé peu après la naissance de Jésus. Jésus serait donc né autour de l'année 750 du calendrier romain, soit probablement entre -4 et -7 de notre ère.

La France a-t-elle une date de naissance ?

 

Mais du coup, quel âge a-t-elle ? Tout dépend de ce qu’on entend par France : un peuple ? Un État ? Une nation ? Une patrie ? Un régime ? Un sentiment d’appartenance ? Une identité commune ? Un drapeau ? Des valeurs ? Admettons, mais lesquelles ?

L’infinie complexité de ce processus est en soi une forme de réponse : il n’y a pas de date de naissance et pas d’anniversaire. La France n’est pas un être vivant inscrit à l’état-civil, il n’existe pas de date ou de symbole magique à partir de laquelle on pourrait se dire « pouf, ça y est, nous sommes en France, nous sommes Français et être français, c’est être ceci ou cela ». C’est de l’histoire-roman, cela ; du conte, une fiction, une lecture symbolique tant qu’on voudra – mais pas de l’Histoire.

 

Plusieurs dates-clefs peuvent être retenues comme une série d’étapes vers la constitution de notre pays. Là encore, elles ne sont pas un document certifié conforme mais une suite de marqueurs qu’on peut retenir comme autant de points de repères.

 

  • 24 décembre 496 : avant la France, les Francs et le plus connu d’entre eux, Clovis. Décembre 496, qui marque le baptême du roi franc, c’est LA date fondatrice pour les tenants d’une France qui serait à leurs yeux indissociables du christianisme. D’un point de vue plus politique, sa conversion est surtout pour Clovis une manière de s’assurer le précieux soutien de l’Église et de ce qui reste des élites gallo-romaines, christianisées depuis Constantin en 337. Donc de donner un peu de solidité aux conquêtes de son peuple, l’un des principaux groupes arrivés en Gaule vers le milieu du 5esiècle avec les Alamans, déjà christianisés. Ajoutons que baptisé ou non, Clovis n’est pas le roi de France mais rex francorum, roi des Francs. Pour être plus complet sur cet épisode de l'histoire de France, il faut préciser que Clovis s'est marié avec Clotilde, une princesse catholique burgonde. l'entourage royal est très chrétien même si lui est resté longtemps "payen". Sa conversion, en plus de lui donner une autorité très puissante, va être utilisée par l'église qui voyait en lui un pouvoir fort, capable d'imposer la chrétienté dans toutes les zones du royaume où elle n'était que vacillante. C'est une opération gagnant-gagnant pour Clovis et pour les autorités religieuses. Cela permettra aussi d'allier de nouvelles armées pour vaincre les wisigoths lors de la bataile de Vouillé en 507. Les fils de Clovis se chargeront d'anéantir le vieux royaume des burgondes, seule partie qui n'était pas encore sous la domination franque. 

 

  • 843 : c’est l’année du traité de Verdun, qui résout le problème posé par la mort de Charlemagne – un empereur dont les Allemands revendiquent autant l’héritage que les Français. Concrètement, l’ancien bloc est divisé en trois parts. La partie occidentale, qui couvre les deux-tiers environ de l’Hexagone actuel, désignée commeFrancia occidentalis, est dirigée par Charles le Chauve.

 

  • 987 : la dynastie capétienne s’installe sur le trône pour les 8 siècles qui suivent. Mais pendant belle lurette encore, les Capétiens successifs ne règnent en réalité que sur leurs propres terres. Certains de leurs vassaux sont plus puissants qu’eux, à commencer par les Plantagenêts.

 

 

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  • 1124 : Louis VI le Gros en appelle avec succès à ses vassaux contre les troupes de l’empereur germanique Henri V, qui entre en Champagne. C’est souvent à cette mobilisation qu’on associe la naissance d’un sentiment national commun chez les grands seigneurs féodaux, à nouveau sensible à Bouvines en 1214 quand Philippe Auguste a vaincu les troupes d’Othon IV.

 

  • 1190 : Le même Philippe Auguste est le premier à faire graver sur son sceau la mention Rex Franciae (roi de France) au lieu de Rex Francorum (roi des Francs). A partir de Louis IX (Saint Louis), l’expression est définitivement retenue.

 

  • La guerre de Cent Ans : la stratégie de pillage des armées anglaises fait beaucoup pour entretenir la haine des populations des campagnes, bien plus prononcée que dans les villes. c’est sans doute là, au cœur de ce conflit qui s’étend de 1337 à 1453, que se cristallise ce fameux sentiment national – entre le XIVe et le XVe siècle donc. Contre les Anglais qu’il s’agit de « bouter » donc mais aussi contre leurs alliés… Bourguignons.

 

Alors ?

 

Alors, avant la guerre de Cent Ans, il y a bien une France, mais y a-t-il des Français ? Les sujets du roi savent depuis longtemps qu’ils vivent dans le royaume de France mais il n’existe pas encore de conscience nationale, de patrie commune avant le début du conflit.

À son terme, ce sentiment est plus ou moins acquis – au moins sur le territoire français de cette époque, qui ne correspond pas au nôtre aujourd’hui.

 

Ce que nous explique là Jean-Christophe Plot, c'est que l'idée de France en tant que telle est comme tous les pays du monde : une entité changeante qui évolue au gré des sursauts des l'histoire, des invasions, des migrations, des découvertes. Pour la France, l'histoire moderne a amplifié ces phénomènes. 

 

L'histoire de la colonisation de territoires par la France sur d'autres continents va profondément modifier la notion d'identité française. Ces terres se trouvent en Afrique (Maghreb, Afrique Noire, Caraïbes, Asie du sud-est, Vietnam entre autres...). La langue française va s'installer dans ces pays et de nombreux habitants de ces pays vont se retrouver à vivre dans l'hexagone. Les populations de ces territoires vont amener avec elles leurs cultures, leurs façons de penser la vie, leur gastronomie, leurs musiques, leur savoir-faire, leur spiritualité. La nation française s'est enrichie de tout cela et l'identité française se définit avec ces approches nouvelles de l'existence.

 

Ajoutons pour être plus complet encore l'émigration massive d'italiens au sud et de polonais au nord (notamment dans les mines), tout cela au début du XXème siècle. Ces populations aussi feront évoluer l'identité française. 

Nous définissons par exemple l'accordéon comme un ferment de la musique populaire de France. Cet instrument, en fait, est venu d'Italie par les musiciens qui traversaient les Alpes. Le film "La trace" avec Richard berry relate très bien cette histoire des passeurs dans les montagnes alpines. 

 

Les équipes sportives nationales sont multicolores. On sait ce que doit l'athlétisme français aux Caraïbes, le handball à l'île de la Réunion et aux autres îles outre-mer, des exemples parmi de nombreux autres. Beaucoup de gens se rappellent encore de l'équipe de France de football 1998, championne du monde, les Black-Blanc-Beur. Cela a d'ailleurs servi d'exemple au métissage sportif de l'équipe d'Allemagne qui a ensuite intégré dans la mannschaft ses populations d'origine turque ou africaine comme les hollandais l'avaient déjà fait en intégrant ses habitants d'origine du Surinam, ancienne colonie du pays. 

 

Pourtant, de tous temps, ces peuples nouveaux ont connu des difficultés pour être reconnus. La peur de l'étranger a toujours suscité du rejet. La peur de perdre une identité reconnaissable et rassurante. 

Pourtant, l'histoire nous montre comment ces mouvements de population sont à la base de la nation française, à tous points de vue. 

L'identité d'un pays n'est pas une image figée pour l'éternité.

La science historique nous permet de l'analyser avec précision et surtout de constater comme les migrations à travers le monde ont enrichi chacune des sociétés qu'elles ont traversées. 

Le livre d'Amine Maalouf "Les identités meurtrières" évoque tout cela avec beaucoup d'acuité. 

(Lien direct vers l'article :  Livre - Essai / "Les Identités Meurtrières" par Amin Maalouf)

 

 

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L'identité française d'hier n'est plus celle d'aujourd'hui. Et celle d'aujourd'hui ne sera pas celle de demain.

Mais ce qui, de toute évidence, restera pour longtemps une constante, ce sont les valeurs ouvertes de la république, liberté, égalité, fraternité, qui devraient normalement permettre à tout un chacun de trouver sa place dans la société d'aujourd'hui et de demain, qui qu'il soit, d'où qu'il soit, quoi qu'il pense, quelles que soient les couleurs qu'il porte.

 

 

 

 

 

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10/04/2016
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