Ecole Primaire Les Cèdres Quetigny

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Le Pop Art, un courant artistique des années soixante

Naissance du Pop Art

 

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"Campbell's Soup Can", célèbre sérigraphie d'Andy Warhol (1964)

 

 

Quand on parle de Pop Art, on pense tout de suite à Andy Warhol dans les années 60.

Mais d’où vient ce courant artistique ?

Pour cela, revenons en Grande-Bretagne dans les années 50

 

3463.jpg Richard Hamilton

 

La première fois que le mot Pop apparaît, c’est sur un montage photo de 1956 à la Whitechapel Gallery de Londres, un collage intitulé « Just What Is It that Make’s Today’s Homes So Different, So Appealling ? » ("Juste ce qui fait nos maisons d'aujourd'hui si différentes si attrayantes ?") dans lequel apparaît une sucette avec le mot Pop dessus.

 

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Ce collage est composé d’images issues de magazines américains.

 

 

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L’auteur de ce collage s’appelle Richard Hamilton (né en 1922). Il appartient à un groupe de critiques, peintres, architectes, sculpteurs, et universitaires britanniques appelé « Independent Group ». Depuis 1952, ils se réunissent régulièrement à l’Institute of Contemporary Arts de Londres. Ensemble ils discutent de la fascination que leur inspire la culture de masse américaine  avec ses publicités flamboyantes, sa musique populaire, ses magazines complètement différents, aussi ses bandes dessinées truffées de super héros.

 

Nous sommes dans une période où les USA voient se développer le rock (Bill Haley and the Comets, Elvis Presley, Chuck Berry), les chansons des crooners comme Franck Sinatra (The Voice), Dean Martin, aussi les musiciens noirs comme Louis Prima,  Nat King Cole et Harry Belafonte. C’est l’époque royale de la consommation de masse, le monde et de l’image et de la publicité, l’accès à davantage de confort. C’est l’après-guerre flamboyante des Etats-Unis, nouveaux rois du monde. 

 

 

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L’exposition qui a lieu à la Whitechapel Gallery de Londres en 1956 présente des œuvres qui célèbrent cette culture américaine. D’ailleurs l’accueil de l’expo se fait avec la musique d’un juke-box. Les œuvres présentées (comme celle d’Hamilton) se veulent l’héritage d’une tradition et en même temps une source qui trouve son inspiration dans l’iconographie et les techniques de la culture de masse. En clair : un art populaire (dans le sens « conçu pour un large public »), éphémère (des solutions à court terme), jetable et facilement oublié, bon marché, produit en masse, jeune, spirituel, sexy, plein d’astuces et surtout qui rapporte beaucoup d’argent.

 

En 1956, à l’époque de cette exposition, le temps du Pop Art n’est pas encore connu. Un critique anglais Lawrence Alloway l’utilisera en 1958.

Mais le monde artistique reste encore indifférent à ce courant marginal dans un univers des arts dominé par l’univers radical et triomphant de l’expressionnisme abstrait américain avec des artistes comme Jackson Pollock, Frantz Kline, Willem de Kooning et Mark Rothko qui nourrissent leurs œuvres de concepts psychanalytiques concernant le mythe, la mémoire et l’inconscient tirés des textes de Carl Jung (1875-1961) ou Sigmund Freud (1856-1939). Ce mouvement artistique a pris de l’ampleur dans les années 40 aux USA à la recherche du geste spontané de l’artiste sur la toile. La façon de peintre a autant d’importance que la toile elle-même. Ce sont souvent d’immenses toiles (Jackson Pollock par exemple) où l’acte de peindre (Action Painting) peut donner lieu à des danses autour de la toile posée au sol, de la peinture qui gicle et qui dégouline.

 

 

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Jackson Pollock - Convergences

 

Dans cette atmosphère artistique dominante, les membres de l’Independent Group de l’Institut d’Art Contemporain de Londres passent encore au second plan.

 

Pourtant aux Etats-Unis, quelques œuvres nouvelles dans le style Pop remettent en question l’hégémonie de l’expressionnisme abstrait. Il s’agit de tableaux de Jasper Johns (né en 1930) dont une série de drapeaux des années 50,

 

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Three Flags by Jasper Johns

 

ou encore Robert Rauschenberg (1925-2008) avec ses œuvres où s’intègrent des collages de magazines ou des symboles de la société de consommation comme des bouteilles de Coca. Un nouveau langage apparaît ainsi aux USA.

 

Robert-Rauschenberg-Signs.JPG Robert Rauschenberg

 

Au début des années 60, le Pop Art devient un phénomène culturel incontournable autant en Grande-Bretagne qu’aux Etats-Unis.

En 1961, l’exposition anglaise « Young Contemporaries » fait découvrir de jeunes artistes encore quasi inconnus : David Hockney, Peter Blake, Patrick Caufield ou Derek Boshier.

 

 

Young Contemporaries 1961.jpg L'exposition Young Contemporaries en 1961 avec David Hockney et Derek Blake

 

De l’autre côté de l’Atlantique, en 1962, on voit se tenir les premières expositions de Pop Art. On découvre alors des artistes comme Tom Wesselman, Roy Lichtenstein et surtout un certain Andy Warhol.

 

Lichtenstein peint d’immenses images inspirées de la bande dessinée, Andy Warhol conçoit des sérigraphies  comme Campbell’s Soup Can qui provoquent d’abord l’incompréhension, reposant la question de ce qu’est l’art. Est-ce qu’une boîte de conserve reproduite en série avec des variations de couleurs, c’est de l’art ?

 

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Les amoureux des beaux-arts (qu’ils soient pour ou contre le capitalisme) sont déroutés par cet art nouveau qui colle aux images de la société triomphante de l’argent, un artiste remettant plutôt en question la société alors qu’on se trouvait là dans un concept de proximité extrême avec les supports et les objectifs de cette société matérialiste.

 

Yoko Ono (femme de John Lennon) disait : « Nous rejetions avec conviction et détermination Elvis et le rock’n roll… Nous nous intéressions à l’art."

Le critique Lawrence Alloway ajoutait : « Nous n’éprouvions pas de dégoût pour la culture commerciale, comme c’était l’usage chez les intellectuels, mais nous l’acceptions comme telle, nous en discutions avec passion et nous la consommions avec enthousiasme. »

 

Paradoxalement, il arrivera que les tableaux de Pop Art deviennent des critiques de la société de consommation, une dénonciation de la publicité et de ces nouveaux modes de vie « The American Way of Life ».

 

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Les aspects les plus sombres de cette société vont apparaître dans des sérigraphies d’Andy Warhol sur des chaises électriques et des accidents de la route. Ce ne sont encore que des exceptions dans cet univers artistique où les idoles des jeunes (Elvis, Marilyn Monroe) et les objets de consommation sont beaucoup utilisés par ces artistes, une façon de se révolter contre la culture dite « savante » et élitiste, contre le bon goût décidé par les tenants de la pensée dominante.

 

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Clairement, petit à petit, le Pop Art se développera dans l’idée d’une opposition à l’ordre établi avec ce paradoxe d’être une culture plus facile d’accès et qui permet aussi de s’enrichir, à l’image du monde dans lequel ils vivent.

De plus l’iconographie qu’ils pillent pour créer leurs œuvres suscite chez eux respect et admiration, d’autant plus que beaucoup d’entre eux sont à l’origine des photographes, des illustrateurs, des dessinateurs publicitaires.

Andy Warhol, par exemple, a débuté comme illustrateur de magazine. James Rosenquist concevait des affiches publicitaires avant de se tourner vers les Beaux-Arts.

Malgré l’ambition affichée de détruire la barrière entre culture populaire et culture savante, ces artistes n’en restent pas moins des représentants de la seconde catégorie. Leurs œuvres sont exposées dans des galeries, achetées par des gens fortunées et célébrées comme des chefs d’œuvre uniques.

Ces contradictions se retrouvent dans les liens fréquents avec la contre-culture au début des années 70, notamment Andy Warhol avec le Velvet Underground le groupe new-yorkais de Lou Reed. 

 

Il y aura quelques incursions dans la culture populaire comme la couverture de l’album des Rolling Stones « Sticky Fingers » en 1971 par Andy Warhol avec la célèbre braguette (une vraie fermeture éclair dans les premières éditions) ou le collage de Sergent Pepper’s Lonely Heats Club Banden 1967 des Beatles par Peter Blake et sa femme.

 

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En fait le Pop Art ne fut jamais un mouvement cohérent, seulement un mouvement qui réunit des artistes de sensibilités très différentes, aux parcours très variés.

 

Certains refusent même de se revendiquer comme artistes. C’est le cas d’Andy Warhol soulignant avec provocation que la seule valeur de ses œuvres se trouve dans la valeur monétaire sur le marché surévalué de l’art. Il utilisait cette célèbre formule qui veut tout dire et rien dire : « L’art commercial est de l’art véritable, et l’art véritable est de l’art commercial. »

Le critique Morse Peckham ajoutera en 1967 au sujet du travail d’Andy Warhol : « L’œuvre ne laisse rien à faire au critique, et rien à faire au public, à part l’acheter, s’ils sont assez bêtes pour cela, et ils le sont sans aucun doute. »

 

Au début des années 70, le Pop Art commence à décliner même s’il reste encore productif. Ses œuvres restent des témoignages éloquents d’un monde du début de la consommation de masse.

 

Ce fut la première tentative de réflexion sérieuse sur le rôle de l’artiste et de l’œuvre d’art dans un monde saturé par les médias de masse. Marcel Duchamp avait déjà posé la question en 1917 avec  son urinoir et son commentaire associé : « Ceci n’est pas un urinoir ».

 

Les questions posées par le Pop Art à cette époque sont encore pertinentes aujourd’hui, peut-être même encore plus du fait de l’extrême concentration du pouvoir économique.

 

Le développement très américain de ce courant artistique a presque fait oublier qu’il est né en Angleterre.

 

 

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Oeuvre de Richard Hamilton 

 

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Mao Tsé Toung par Andy Warhol

 

 

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Sérigraphie Elvis par Andy Warhol

 

 

ten lizes.jpg Sérigraphie Elisabeth Taylor par Andy Warhol

 

 

Les techniques du Pop Art ont aussi beaucoup influencé les créateurs du XXIème siècle et l'approche des arts visuels à l'école avec notamment le travail sur le collage, l'assemblage peinture et images photos, le travail sur le portrait. 

 

(D'après "Tout sur l'Art, panorama des mouvements et des chefs d'oeuvre")

 

 

 

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20/12/2016
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