Ecole Primaire Les Cèdres Quetigny

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Conseils de lecture

 Des livres pour enfants et adultes que nous vous conseillons...


Livre / "Les Goûters Philo - La Guerre et la Paix" de Brigitte Labbé et Michel Puech

« Les Goûters Philo - La Guerre et la Paix »

de Brigitte Labbé et Michel Puesch

Illustrations de Jean Azam

Editions Milan – 2000

39 pages

 

 

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Cette collection pour les enfants à partir de 8/9 ans a pour but d’aider les plus jeunes à réfléchir sur des questions importantes qu’ils se posent souvent sans avoir les moyens d’y trouver, à défaut de réponse, au moins des éléments de compréhension.

Par une écriture simple sans jamais être simpliste, des propos clairs, directs et souvent drôles, ces livres permettent d’éveiller les enfants au monde des idées et de la pensée.

 

 

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"La Guerre et la Paix" de Pablo Picasso

 

 

Dans « La Guerre et la paix », les auteurs abordent en premier lieu la notion de force, nécessaire à la vie et la survie depuis la nuit des temps, notamment pour les travaux qui demandent beaucoup d’énergie comme le transport de choses lourdes, la construction de maisons ou les travaux des champs. La force a été longtemps le seul moyen de départager les hommes, ce qu’on a appelé "l’état naturel" ou "l’état de nature". Cela a été la cause de conflits et de guerres entre individus ou clans, entre peuples.

 

Mais cela a trouvé ses limites dans la mesure où tout être humain, même parmi les plus puissants, a trouvé plus fort que lui, faisant de cette forme de société, une forme d’auto destruction permanente. D’autre part il est impossible d’imaginer que toute chose à récupérer puisse se faire par une bagarre ou un conflit, provoquant ainsi une peur permanente dans tout acte de la vie. Imaginez que celui qui puisse acheter la dernière baguette dans la boulangerie soit celui qui gagne les combat des poings. 

 

 

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C’est pour cela que les humains ont mis en place des règles qui permettent à tous de pouvoir vivre et entretenir des relations sociales en toute sécurité sans craindre d’être dans un conflit permanent. Cela a permis de développer les notions de partage, de solidarité, de respect des autres. Et pour cela, il a fallu créer une force reconnue par tous, supérieure à celle naturelle des plus forts, une force qui fasse respecter la loi, qui empêche le règlement violent des conflits, autrement dit la force publique (police, justice), le fameux pouvoir judiciaire. 

 

 

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Les auteurs évoquent ensuite l’idée que vivre en paix n’est pas naturel. Cela peut nous sembler  pourtant « naturel » qu’on soit en paix dans un pays qui n’a plus connu directement la guerre depuis plus de 70 ans. Et pourtant, avant la seconde guerre mondiale, la France n’avait pas connu de paix durable depuis… la fin de l’empire romain vers l’an 400.

 

La paix, c’est comme la politesse, ça s’apprend, dés l’enfance. La paix est une valeur qui s’entretient en permanence comme des graines qu’on aide à pousser en retournant la terre, en enlevant les mauvaises herbes, en arrosant le sol, tous les jours… De la même façon, la paix se construit à chaque instant, par les échanges, par l’ouverture aux autres, par la connaissance et la compréhension de l’autre, par la connaissance de son passé, des raisons des guerres d’antan, ce que la vie était alors pour les gens. L’histoire a pour cela beaucoup d’importance.

 

La véritable paix n’est pas un arrangement de façade pour des intérêts particuliers d’un moment, mais une véritable considération des intérêts des uns et des autres sur le long terme. D’autant plus que les guerres, avec des armements de plus en plus destructeurs, sont de plus en plus dangereuses, pouvant même mettre fin à la vie sur notre planète. Certains états ont mis en place une paix basée sur un équilibre d'une force armée puissante qui fasse peur. Cela est appelé « l’équilibre de la terreur » ou encore la « dissuasion ». Là encore, cela a ses limites car toute arme plus puissante encore peut faire basculer de nouveau vers l’état de guerre, en plus desastreux.

 

D'ailleurs, une idée que le livre évoque moins, c'est l'arme de l'argent à l'origine d'une guerre économique en apparence moins visible qu'une guerre plus classique, mais qui est à l'origine de beaucoup de destructions de vie, avec de nombreuses victimes. Une idée de plus dans le prolongement de ce qui est exprimé dans ce livre.

 

 

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On évoque souvent l’idée qu'une guerre serait enfin la dernière, qu’on préparerait la paix pour demain.  Mais pourquoi faudrait-il attendre demain pour préparer la paix ?

Peut-être que le bon jour pour préparer la paix, c’est aujourd’hui.

 

Ce petit opus d’une quarantaine de pages est une mine (ici pas au sens de l’arme) de documentation et d’éléments de réflexion pour repenser notre monde et notre avenir ensemble sur la planète Terre.

 

 

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05/08/2018
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Livre / "Au cœur des Ténèbres" de Joseph Conrad (1899) - Edition bilingue de 1996

« Au cœur des Ténèbres »

(Heart of Darkness)

de Joseph Conrad

Traduit de l’anglais et annoté par Jean Deurbergue

Edition bilingue Anglais-Français

Editions Gallimard  Collection Folio Bilingue

Nouvelle édition 1996

Préface de Michelle-Irène Brudny

333 pages dont 165 en français.

 

 

 

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Vous vous souvenez sans doute du film de Francis Ford Coppola « Apocalypse Now », cette intrusion stupéfiante dans la jungle vietnamienne où le capitaine Willard (interprété par Martin Sheen) est chargé de mettre fin au délire destructeur du colonel Kurtz (extraordinaire Marlon Brando) qui met à mal l’image de l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam.

Ce film considéré comme un chef d’œuvre du cinéma a reçu la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1979 puis d’autres récompenses aux Oscars et aux Golden Globes, entre autres, l’année suivante.

 

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Rappelez-vous « The end » la chanson des Doors sur fond d’images de ventilateur dans la chaleur humide et étouffante de Saïgon (l’ancienne Ho Chi Minh Ville),  et même « Satisfaction » des Rolling Stones jaillissant du patrouilleur de Willard sur la rivière qui s’enfonce dans la forêt profonde, aussi le ballet des hélicoptères  et la folie meurtrière du lieutenant-colonel Kilgore (impressionnant Robert Duvall) sur la musique de la « Chevauchée des Walkyries » de Richard Wagner…

Ce film et ses scènes cultes ont le même point commun de départ : le roman de Joseph Conrad, « Au cœur des Ténèbres » sorti en… 1899.

 

Dans le livre, pas de Vietnam, mais la colonie belge du Congo. Pas de guerre, mais des conflits sur fond de commerce de l’ivoire par des compagnies privées et les liens entre blancs et noirs. Pas de capitaine Willard, mais un certain Charles Marlow, jeune officier de la marine marchande britannique qui raconte ses terribles souvenirs d’Afrique à un groupe de londoniens sur la Tamise. Et seul rapprochement direct avec le film : le personnage mystérieux de Kurtz. Dans le roman, c’est un chef de comptoir perdu très loin au fin fond de la forêt, avec ses hommes, sa cour cruelle et violente.

Le film de Francis Ford Coppola a conservé cette plongée hallucinante dans un voyage aux sources de la folie et de l'idée du Mal, comme le roman.

 

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"Le Roi des Belges", bateau sur lequel a navigué Joseph Conrad 

 

 

Cette œuvre littéraire est d’abord parue sous forme de feuilleton dans la revue Blackwood’s Magazine en 1899, puis dans un recueil de trois récits en 1902 : « Youth : narrative and two other stories ».  Elle conserve encore aujourd’hui une force envoûtante considérable. C’est aussi ce qui explique pourquoi de nombreux artistes du XXème et du XXIème siècle se sont inspirés de cette œuvre de la fin du XIXème.

 

Il faut dire que le style d’écriture est d’une richesse considérable. Par des métaphores époustouflantes et un souci du détail remarquable, l’auteur fait plonger le lecteur dans un monde d’où il est difficile de ressortir, comme si la forêt congolaise d’un autre siècle enveloppait celui qui s’y plonge plus de cent ans plus tard.

 

« Les lignes droites s’ouvraient devant nous et se refermaient derrière, comme si la forêt avait enjambé l’eau sans se presser  pour nous barrer le chemin du retour. Nous pénétrions de plus en plus profondément au cœur des ténèbres. »

(Extrait)

 

Pourquoi Kurtz est-il devenu ce qu’il est quand Marlow vient le chercher ?

Lui, Kurtz, un homme de valeur qui croit en la justice ?

En montant sur le bateau de ce monde colonial et en pénétrant l’immense forêt qui se referme sur ces hommes, toutes les valeurs sont remises en cause, comme une lente déshumanisation, une confrontation brutale entre la sombre beauté sauvage de l’Afrique équatoriale et la perte de repères jusqu’à la folie.

 

« Les gens qui viennent ici ne devraient pas avoir  d’entrailles. » Il scella cette déclaration de ce sourire qui n’appartenait qu’à lui, comme si ç’avait été une porte ouvrant sur les ténèbres dont il avait la garde. » (Extrait page 103)

 

Et, au bout du compte, est-ce que, ce qui arrive à Kurtz, ne pourrait pas arriver à n’importe qui, quand les contradictions d’un monde où règne l’appât du gain, le besoin de pouvoir, ne peuvent plus contenir les valeurs humaines ?

 

« Nous étions totalement coupés de la compréhension de ce qui nous entourait ; nous passions doucement, tels des fantômes, perplexes et secrètement épouvantés comme le seraient des gens sains d’esprit devant un débordement d’enthousiasme subit dans une maison de fous. »

(Extrait page 159)

 

Quoi appartient à qui ? Qui appartient à qui ? Qui appartient à quoi ? Pourquoi vouloir posséder ? Nous laissons-nous être possédé ? Et surtout, possédons-nous vraiment quelque chose ? Ne mettons-nous pas trop d’importance dans des choses futiles en oubliant le plus essentiel ? Que restera-t-il en fin de compte de nos petites peurs quotidiennes, de nos petits drames alors que nos yeux n’ont peut-être pas vu le plus important ?

D'une certaine façon, on pourrait faire le rapprochement avec "Le désert des Tartares" de Dino Buzzati, pas directement sur la thématique de l'injustice du destin, mais surtout sur celle de l'aveuglement, quand l'humain ne voit pas ce qui lui est le plus essentiel, comme une folie poussée à son paroxysme dans le livre de Joseph Conrad. Au bout du compte, dans ces deux romans, quand la mort arrive, c'est le regret qui l'emporte. Reviennent alors les images de celles et ceux qui ont été mis de côté au nom d'une folie presque inhumaine

 

« Vous auriez dû l’entendre dire : « mon ivoire. » Oh oui, je l’ai entendu. « Ma fiancée, mon ivoire, mon poste, mon fleuve, mon… » Tout lui appartenait. J’en retenais mon souffle, tant je m’attendais à entendre le monde sauvage partir d’un prodigieux éclat de rire  qui ferait trembler les astres dans leur immuable position. Tout lui appartenait – mais ce n’était qu’une vétille. L’important était de savoir  à qui il appartenait, lui, combien, parmi les puissances des ténèbres, prétendaient qu’il leur appartenait. » (Extrait page 217)

 

Toutes les questions que pose ce roman sont d’une étonnante modernité. Mais faut-il s’en étonner ? Depuis sa date de parution en plein essor industriel et financier du XIXème siècle à nos jours, même dans un monde avec des révoltes et des révolutions, avec des rebellions et des désobéissances, avec deux guerres mondiales, la même logique a cherché à s’imposer : celle de l’argent et de l’enrichissement, celle du pouvoir. Et ces questions sont déjà au cœur du livre de Joseph Conrad. Les colonies et l’esclavage d’hier sont devenus des conflits d’intérêts économiques de richesse et de pouvoir entre le nord et le sud aujourd’hui, aussi des questions d’environnement que les humains ont du mal à comprendre et à respecter.  

 

« C’est vers ce monde sauvage, en réalité que je m’étais tourné, et non vers Kurtz qui, j’étais prêt à le reconnaître, était autant dire mort et enterré. Et pendant un certain temps, il me sembla que moi aussi, j’étais enterré dans une immense tombe pleine de secrets indicibles. Je sentais un poids intolérable m’oppresser la poitrine, l’odeur de la terre humide, la présence invisible de la corruption, les ténèbres d’une nuit impénétrable… »

(Extrait page 273)

 

 

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Hannah Arendt

 

 

Hannah Harendt, la grande philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine, qui a beaucoup écrit sur les systèmes totalitaires considérait "Au coeur des ténèbres" comme un livre matriciel car, en plus de sa réussite littéraire, c'est surtout un support très important pour comprendre le système colonial mis en place en Afrique, en particulier chez les Boers en Afrique du Sud, même si le livre lui-même n'est pas situé dans cette zone de l'Afrique. Le texte vient révéler le fonctionnement réel et pratique de l'impérialisme européen sur le continent africain. Hannah Arendt fait référence à l'oeuvre de Joseph Conrad dans le chapitre "Race et démocratie" de son ouvrage "Les origines du totalitarisme". 

 

Un livre essentiel et passionnant à découvrir ou redécouvrir…

 

 

Joseph Conrad par George Charles Beresford (1904)..pngJoseph Conrad par George Charles Beresford (1904).

 

 

Ce très beau texte a inspiré de nombreux artistes. Orson Welles l'avait proposé à la RKO avec lui dans le rôle de Kurtz, mais la projet n’a jamais abouti.

Le film Apocalypse Now est un mixte du roman de Joseph Conrad et de « L’Adieu au Roi » de Pierre Schoendorffer (On peut ajouter que John Milius qui a réalisé l’adaptation cinématographique de « L’Adieu au Roi » en 1989, a été scénariste sur Apocalypse Now).

En 1994, le texte a été adapté à la télévision par Nicolas Roeg avec Tim Roth, John Mlakovitch, Isaach de Bankolé et James Fox.

Werner Herzog s’est aussi emparé de ces thématiques dans ces films « Aguirre ou la Colère des Dieux » en 1972 dans une histoire proche inspirée de l’Amérique latine des Conquistadors. Il reprendra d’une autre façon cette idée de la folie humaine, une quête impossible au profond de la forêt vierge, dans « Fitzcarraldo » en 1982, toujours avec son acteur fétiche Klaus Kinski.

Le roman est cité à plusieurs reprises dans le film King Kong de Peter Jackson en 2005, comme dans « L’art (délicat) de la séduction » de Richard Berry en 2001. Cécile de France, l’actrice principale dit d’ailleurs à Patrick Timsit, à propos du capitaine Marlow : « On pourrait le prendre pour un imbécile, mais il voit plus loin que les autres, parce qu’il sait attendre. »

Le roman sert aussi de fil conducteur pour le film documentaire de Thierry Michel « Congo Congo River » où le réalisateur remonte à la source du fleuve comme Marlow dans le roman. Mais là, il s’agit de reconstruction d’un pays et non des violences de la colonisation.

Le roman apparaît aussi comme trame dans « L’Aube du Monde », du franco-irakien Abbas Fahdel où le récit est transposé dans les marais du sud de l’Irak au moment de la Guerre du Golfe.

En 1995 le film d'Arnaud des Pallières "Drancy Avenir" cite largement le texte de Conrad. Il développe Au cœur des ténèbres comme un récit parallèle à la trame principale qui voit une étudiante enquêter sur les traces encore présentes dans notre monde de l'extermination des juifs par les Nazis. Le voyage de Marlow jusqu'à Kurtz étant dans ce film la symbolique du travail difficile de l'historien qui cherche à appréhender l'horreur de ce que fut la Shoah.

 

 

 

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Villageois rassemblés au bord du fleuve, au passage du Roi des Belges à Sankuru en 1888.


17/07/2018
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Livre / "Quand sort la recluse" de Fred Vargas

Fred Vargas « Quand sort la recluse »
 
Editions de Noyelles – 2017 - 478 pages
 
 
 
 
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Disons-le tout de suite, c’est un livre à la hauteur des écrits précédents de Fred Vargas. Une nouvelle affaire (des nouvelles affaires ?) à résoudre pour le commissaire Adamsberg, ce flic intuitif qui accepte de se laisser guider par les « proto-pensées » et les bulles gazeuses qui errent ou s’entrechoquent dans son esprit difficilement compréhensible.
Comme dans les autres opus de Fred Vargas, l’intrigue est soutenue par une solide culture scientifique et historique qui fait d’un possible simple récit de polar une mine d’informations digne d’une saga en plusieurs tomes.
 
 
 
 
Chaque petit détail trouve sa place dans le canevas très complexe d’un puzzle aux mille morceaux éparpillés, même les plus futiles en apparence, ceux dont on se dit qu’ils ne doivent pas avoir beaucoup d’importance. Et même s’ils n’en ont pas tous directement dans la résolution de cette énigme tourbillonnante de personnages morts ou vivants (à mourir peut-être), ils donnent une puissance ahurissante à cette histoire d’araignées recluses dont on se demande si ce sont véritablement des araignées.
 
 
 
 
L’impossible deviendrait donc possible par la force de recoupements inattendus et spectaculaires, par ce passé trouble qui rebondit à la figure telle une violente claque qui fait autant mal qu’elle raccroche au présent immédiat.
Tout au long de cette enquête improbable dont on peut même se demander si elle mérite d’être menée, le lecteur semble se perdre (avec délice il est vrai) dans le dédale d’une mission hors norme qu’une équipe de la police se donne comme si elle jouait au Cluedo. Une enquête qui n’a rien d’évident. La discorde qu’elle suscite parmi les agents de la Brigade rajoute encore le doute sur l’intérêt d’un tel travail.
 
 
 
 
Tout serait resté en l’état au départ que cela aurait paru tout à fait normal.
Effectivement tout semblait clair, à part un petit détail, pas si petit que ça d'ailleurs : l’interrogation de quelques fins limiers sur l’impossibilité d’une logique qui ferait d’un petit arachnide trouillard comme par deux un tueur en série redoutable.
Accepter d’entrer dans les errances de Jean-Baptiste Adamsberg, le célèbre commissaire des polars de Fred Vargas, c’est accepter aussi de transgresser l’ordre établi des pensées cartésiennes, de désordonner sauvagement la logique pour laisser l’instinct reconstituer d’autres histoires, celles qui amèneront à d’autres vérités, celles qui restent cachées derrière les apparences, les impressions premières qui touchent aux bouleversements des vies, les événements tus comme des renoncements de surface.
Le cartésianisme retrouve sa place, seulement à la fin.
 
 
 
 
Et parce que lecteur sait les douleurs tues, parce qu’on sait que le cheminement d’Adamsberg saura réveiller les vérités enfouies, alors on peut se laisser porter dans les douleurs du passé comme on tente des dénouer des nœuds inextricables, avec patience, parfois aussi aux limites de la désespérance.
Mais il y a toujours ces instants de lumière quand le puzzle apparaît, par intermittence tout au long du récit, puis juste avant les derniers morceaux du puzzle, quand tout devient clair.
 
 
 
 
 
Contrairement à certains polars où on découvre enfin le criminel et les raisons futiles de ses exactions, ici c’est une impression puissante qui s’en dégage. Pas une sordide histoire de fric mille fois racontée. Pas de jalousie ridicule et peu crédible, du genre de mobile qui gâcherait l’ensemble du récit. Ici, ce sont des vrais destins d’hommes et de femmes qui touchent profondément comme une blessure à soi-même, celle qui touche à la notion d’humanité toute entière.
Où est le bien ? Où est le mal ? Les lois apparaissent alors bien petites au regard du choc final comme s’il n’y avait plus de mot à ajouter, juste respirer un bon coup et se dire que ça devait finir ainsi.
 
 
 
« Quand sort la recluse » est un beau roman policier, fort et puissant comme l’histoire de ce monde terrible, des recluses d’hier aux recluses d’aujourd’hui.
 
 
 
Alors bonne lecture…
 
 
Fred-Vargas.jpg Fred Vargas

25/07/2017
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Livre / "Women's Book" de Véronique Durruty - Un monde de femmes - 25 ans de voyages et de rencontres

WOMEN'S BOOK

Véronique Durruty

Editions de la Martinière - 2014

 

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Véronique Durruty est une artiste, auteur et grande voyageuse, une femme curieuse de ce qui l'entoure

Elle est partie à la découverte des peuples du monde avec ses caméras, ses carnets de dessins et d'esquisses, aussi ses stylos pour raconter et faire partager ses expériences et ses rencontres. 

 

Cela a donné lieu à une vingtaine d'ouvrages qui racontent les gens du monde par le prisme de la femme que Véronique Durruty est, humble citoyenne d'une planète aux multiples cultures qui confrontent la nôtre, les nôtres, qui nous rappelle avec simplicité que nous sommes des gens comme les autres, même ceux qui peuvent nous paraître étranges au point de les appeler "étrangers".

 

On se peut se souvenir de son magnifique ouvrage "Road Book - Voyageurs du Monde" , splendide traversée de la planète en textes concis, en dessins et en photographies du mouvement des choses et des gens. 

 

Véronique Durruty a repris ici le même principe, la même approche de présentation de ses rencontres avec les femmes du monde, sans doute même avec plus d'implication parce qu'en tant que femme, elle ressent davantage les douleurs, les souffrances, les inégalités dont elles sont les victimes, mais aussi les bonheurs secrets ou révélés qu'elle peut capter parce qu'une femme est facilement acceptée dans les cercles de femmes. 

 

Il en ressort un ouvrage aussi puissant que les sentiments et les énergies qui émanent de ces pages : la beauté de ces personnes, le sens de l'accueil, les contradictions de leur vie, la place des femmes dans les sociétés humaines (pas souvent faciles), leurs relations aux hommes, les rires et les bonheurs partagés, le quotidien en photos volontairement floues qui donnent du mouvement à la vie, les croquis qui rappellent les tracés rapides au coin d'une rue et l'art des encres d'Asie ou d'Afrique. 

 

Et puis surtout Véronique Durruty s'implique totalement dans cet ouvrage. Elle n'est pas le conteur qui regarde avec recul ce qu'elle voit. Elle parle à la première personne, celle qui s'émerveille et se questionne, celle qui accepte de recevoir les cadeaux que sont ces rencontres, ou les chocs inattendus de cultures qui bousculent notre image confortable du monde.  

 

Son "Je" n'est pas l'égo surdimensionné de celle qui se place au-dessus de la mêlée des mouvements du monde. Non, son "Je", c'est celui du voyageur qui est prêt à se remettre en cause au contact de ce qu'il ne connaissait pas auparavant. Ce voyageur qui confronte les réalités de sa vie aux découvertes de ses voyages.

 

Au final, ce ne sont pas des vérités universelles qui en ressortent, mais des constats, des questions souvent sans réponses évidentes qui nous font sortir de notre zone de confort pour bousculer notre existence

 

Et puis, il faut y ajouter la qualité de l'oeuvre livresque, le contenu autant que la présentation. Le travail des Editions de la Martinière y est ici remarquable. C'est un objet d'art à part entière, à feuilleter en prenant son temps, en s'émerveillant de chaque photo, de chaque dessin, de chaque montage textes et images. 

 

C'est un très bel hommage aux femmes du monde. Toutes, des plus jeunes aux plus âgées. Un voyage dans l'intime de vies que nous ne soupçonnions pas.

 

Ce peut- être un très beau cadeau pour des mères, des filles, des grand-mères, mais aussi pour des hommes attentifs à la qualité des relations entre humains, qui qu'ils soient.  

 

 

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 Galerie -Photos

 


11/06/2017
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Roman / "Le Vieux qui lisait des romans d'amour" de Luis Sepulveda

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« Le Vieux qui lisait des romans d’amour » (1989)

Luis Sepulveda

Titre original : « El viejo que leia novelas de amor »

1992, Editions Métailié, pour la traduction française

Traduction : François Maspéro

129 pages

 

 

Attention ! Chef d’œuvre ! 

Voici un ouvrage petit en nombre de pages mais un très grand roman en termes de puissance et d’impact.

 

« Le vieux qui lisait des romans d’amour » est une fable naturaliste et humaniste sur le sens d’une vie, à travers l’histoire d’un vieil homme sur l’immense territoire d’un petit village amazonien de l’Equateur, El Idilio. Un lieu sacré pour les uns (les indiens Shuars), un lieu de perdition pour les autres (les chercheurs d’or et de diamants). Le tout sur fond de menace sourde et invisible d’une femelle ocelot dont on a tué les petits et blessé le mâle.

La mort est toujours présente dans ce paradis ou cet enfer végétal selon la manière de se l’approprier.

 

Le vieil homme, José Antonio Bolivar, avait fui l’autre monde, celui des villes et des apparences. Il s’était installé en plein territoire Shuar où il avait tout appris de la vie  dans ce territoire sauvage aux règles nettes et sans détour parce qu’absolument nécessaires à la vie ou à la survie. Dans cette forêt humide où la canopée cache la lumière, où la pluie se transforme en brouillard qui rend tout invisible, les Shuars ont appris à José Antonio Bolivar les mille et une petites choses qui permettent de savoir répondre à ses besoins de nourriture, de chasse, de déplacements, de protection face aux menaces multiples, de respect de cette nature qui offre tout ce qui est nécessaire pour vivre.

Comme dirait l’indien en crachant bien fort pour qu’on sache qu’il dit la vérité : « (…) Tu es le chasseur des blancs, tu as un fusil, tu violes la mort en l’entourant de douleur. (…) »

Et dans cette façon de considérer la nature environnante comme une personne nourricière à part entière, les Shuars ajoutent : « Le jour, il y a l’homme et la forêt. La nuit, l’homme est forêt. »

 

C’est dans cette atmosphère prégnante et belle à la fois que se dessine une lutte sans merci entre les hommes et l’ocelot, entre les fusils et les griffes, entre ceux qui s’imaginent puissants parce qu’ils ont un fusil  et l’autre puissance tapi dans l’ombre d’un lieu qui est le sien.

 

 

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José Antonio Bolivar sait tout cela comme il sait aussi lire (pas très bien, mais il sait). Et son imagination est emplie de ces romans du monde entier qui parlent de l’amour, ces livres qui débarquent au quai d’El Idilio par les barques en provenance des villes en amont du fleuve, si lointaines et si proches à la fois.

Les amants de la littérature occidentale de Venise et d’ailleurs trainent quelque part dans l’Amazonie d’un vieil homme qui cherche « cet amour pur, sans autre finalité que l’amour  pour l’amour. Sans possession et sans jalousie », celui qu’il avait trouvé dans sa vie avec les Shuars.

 

Ce roman pourrait presque ressembler à un parcours initiatique qu’on commencerait par la fin quand le savoir acquis sert de point d’appui pour comprendre l’incapacité de l’homme moderne qui croit dominer le monde dans d’illusoires concepts de domination.

C’est là où l’histoire particulière avec l’ocelot prend toute sa puissance parce qu’elle est portée par ce riche univers de pensée autour du personnage de José Antonio Bolivar.

Tout apparaît alors avec l’évidence que nous aussi, lecteurs, nous avons quelque chose à apprendre de cette histoire pourtant si loin de  nous, dans l’Amazonie d’outre-Atlantique. Nous aussi, lecteurs d’un autre continent, nous avons notre El Idilio, notre ocelot qui nous pourchasse quelque part sans que nous le chassions. Nous aussi, nous feignons de ne pas voir alors que nous voyons, alors que nous savons…

 

 

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Luis Sepulveda a écrit là un chef d’œuvre de la littérature. Et ce n’est pas par hasard que des millions de lecteurs dans le monde ont « dévoré » ce roman.

 

Le monde d’aujourd’hui rend encore plus urgent la lecture de cet ouvrage.

 

 

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Extraits :

 

Page 11 :

Le ciel était une panse d’âne gonflée qui pendait très bas, menaçante, au-dessus des têtes. Le vent tiède et poisseux balayait les feuilles éparses et secouait violemment les bananiers rachitiques qui ornaient la façade de la mairie.

 

Page 14 :

La différence était énorme entre un Shuar hautain et orgueilleux, qui connaissait les régions secrètes de l’Amazonie, et un Jivaro tel que ceux qui se réunissaient sur le quai d’El Idilio dans l’espoir d’un peu d’alcool.

 

Page 33 :

Il lisait en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s’il les dégustait, et, quand il avait maîtrisé le mot entier, il le répétait d’un trait. Puis il faisait la même chose avec la phrase complète, et c’est ainsi qu’il s’appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages.

 

Page 45 :

Sa connaissance de la forêt valait celle d’un Shuar. Il nageait aussi bien qu’un Shuar. Il savait suivre une piste comme un Shuar. Il était comme un Shuar, mais il n’était pas un Shuar.

 

Page 56 :

Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. Il savait lire. Il possédait l’antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. (…)

 

Page 84 :

Il repéra d’abord le colon. Il le reconnut à son crâne sans dents. L’américain gisait quelques mètres plus loin. Les fourmis avaient fait un travail impeccable et n’avaient laissé que les os, nets, pareils à de la craie. Elles étaient en train de terminer le squelette. Telles des bûcheronnes minuscules et cuivrées, elles transportaient un à un les cheveux jaunes paille pour étayer le cône d’entrée de leur fourmilière.

 

Page 88 :

Il pleuvait moins, mais l’eau tombait en lourdes rigoles. La pluie était arrêtée par le toit végétal. Elle s’accumulait sur les feuilles et, quand les branches finissaient par céder sous son poids, l’eau se précipitait, chargée de toutes sortes de senteurs.

 

Page 107 :

Quelque chose lui disait que la bête n’était pas loin. Peut-être qu’en ce moment précis elle était en train de les observer. En outre, depuis quelque temps, il se demandait pourquoi toutes ces victimes le laissaient indifférent. C’était probablement sa vie passée avec les Shuars qui lui faisait voir ces morts comme un acte de justice. Un acte sanglant, mais inéluctable, œil pour œil.

 

Page 109 :

Souvent les habitants parlent de toi en t’appelant le Chasseur, et tu leur dis que ce n’est pas vrai, parce que les chasseurs tuent pour vaincre la peur qui les rend fous et les pourrit de l’intérieur.

 

Page 111 :

« Si la piste est trop facile et que tu crois tenir l’ocelot, c’est qu’il est derrière toi, les yeux fixés sur ta nuque » disent les Shuars, et c’est vrai.

 

Page 122 :

L’ocelot capte l’odeur de la mort que beaucoup d’hommes portent sur eux sans le savoir.  

 

 

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Petite biographie de Luis Sepulveda

 

L'auteur est né au Chili en 1949. Il vit actuellement dans les Asturies, une région au nord-ouest de l'Espagne. Il a aussi habité à Hambourg, au nord de l'Allemagne et à Paris. 

Cet écrivain voyageur a entre autres écrit "le Vieux qui liait des romans d'amour", mais aussi "Un nom de torero", Le Monde au bout du monde", "le Neveu d'Amérique".

Ces romans sont publiés dans plus de 50 pays et ce sont des best-sellers. 

Luis Sepulveda est aussi scénariste, réalisateur, producteur et même acteur pour le cinéma. 

"Le Vieux qui lisait des romans d'amour" a reçu le prix France-Culture étranger et celui du Roman d'évasion. Il a été adapté au cinéma en 2001 avec Richard Dreyfus dans le rôle principal. 

Luis Sepulveda est aussi un défenseur de la nature, membre de Greenpeace. Son ami brésilien Chico Mendes, un défenseur de la forêt amazonienne fut assassiné en 1988 sur ordre d'un riche propriétaire de terre. Il lui dédiera un de ses livres. 

 

 

 

Le Vieux qui lisait des romans d'amour, réalisé par Rolf De Heer.
Titre original : The Old Man Who Read Love Stories
Date de sortie : 07-03-2001

 

 

 

Les premières pages de l'ouvrage "Le Vieux qui lisait des romans d'amour" de Luis Sepùlveda. 

 

 

 


Théâtre - Adaptation et mise en scène de Patrick Chevalier

A El Idilio, bourgade perdue au bord d'un bras de l'Amazone, vit Antonio Jose Bolivar que tout le monde appelle « Le vieux ». Un jaguar sème la terreur aux alentours parce qu'un ignorant a tué toute sa portée. Antonio est chargé de résoudre le problème. Mais il est plus proche de ce jaguar que de ceux qui détruisent la forêt et persécutent les Indiens.


26/12/2016
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Livre - Essai / "Les Identités Meurtrières" par Amin Maalouf

Parce que l'année 2016 continue de par le monde, en France y compris, à diviser les hommes au lieu de les rassembler, c'est l'opportunité de remettre au goût du jour ce livre essentiel de Amin Maalouf sur l'identité, sur les identités.

 

Amin Maalouf - Identités Meurtrières 03.jpg

 

Les Identités Meurtrières

de Amin Maalouf

Editions Grasset 

Le livre de poche n°15005 / 189 pages

 

 

Amin Maalouf - Identités Meurtrières.jpg Version d'origine - Editions Grasset

 

 

 

Amin Maalouf formule un vœu pour son livre : 

"que [son] petit-fils, devenu homme, le découvrant par hasard dans la bibliothèque familiale, le feuillette, le parcoure un peu, puis le remette aussitôt à l'endroit poussiéreux d'où il l'avait retiré, en haussant les épaules, et en s'étonnant que, du temps de son grand-père, on eût encore besoin de dire ces choses-là."

 

Il est vrai que ce livre renferme une somme conséquente d'évidences sur l'identité, ou encore sur les identités, ou plutôt sur notre identité multiple. Et pourtant, on peut constater avec regret que ces évidences n'ont plus leur place en ce monde. 

 

A la lecture de ces pages, on peut se rendre compte que l'humanité passe à côté de ces évidences qui sont pourtant l'essence de la vie humaine. 

 

Du Moyen-Orient à l'Occident, en traversant l'ensemble des continents, en visitant un grand nombre de peuples, partout ce sont des êtres humains, les mêmes et tous différents, tous complémentaires. Cela peut paraître simple de le dire, de l'écrire. Pourtant non. On ressort de ce livre avec des yeux grands ouverts sur les béances de notre monde, et l'évidence devient cet objet obscur et refoulé que beaucoup gardent au fond d'eux, sans chercher à trop y regarder, de peur de trouver là les raisons de leur surdité et de leur vision aveuglée de l'existence d'autrui. 

Cet ouvrage est une lumière sur notre obscurité parfois voulue. 

 

Nous sommes complexes. Nos identités sont complexes. Chacune d'elles. Dans un monde qui cherche à tout simplifier. Même nos identités. 

 

Le livre d'Amin Maalouf passe au crible les grands conflits (anciens et actuels) de notre planète, conflits collectifs et individuels, les religions, les doctrines, les traditions, les rites et les croyances. Un livre qui ouvre un champ considérable de questions, qui ouvre l'esprit à une autre image de "l'autre", à une autre image de soi-même. C'est un essai (comme il est défini par l'auteur), et aussi plus qu'un simple essai. C'est une clé vers ce que notre monde pourrait être si nous regardions cet autre, ailleurs et à côté de nous, d'un oeil différent et moins hostile, avec l'évidence qu'il est autant humain que nous, qu'il soit suédois, sud-africain ou arabe, juif musulman ou orthodoxe, noir jaune rouge ou blanc. Qu'au-delà de toutes nos appartenances, il en est une qui nous est commune à tous, c'est notre humanité, égale pour tous, partout, hier, aujourd'hui et demain. 

 

Considérant ce point de vue comme une base pour penser le monde, c'est avec un autre regard que l'on observe sa marche et ses tourments. C'est avec cet autre regard  que l'on pose des espoirs pas forcément vains. 

 

Forcément ce livre trouve aisément sa place sur un blog d'école, lieu d'éducation s'il en est, lieu d'expérimentation de ce qu'est la tolérance et le partage. Car, si le monde doit changer, ce sont avant tout les adultes de demain qui seront aux commandes. Et les adultes de demain, ce sont les enfants d'aujourd'hui, ceux qui sont dans les écoles ou ceux qui devraient y être (ceux des pays où la vie ressemble davantage à de la survie). 

Les propos d'Amine Maalouf, les enseignants pourraient les tenir à leurs élèves. Ils les tiennent déjà en partie, tant l'école de la République est porteuse de cet espoir d'avancer ensemble malgré nos différences, grâce à nos différences.  

 

Voici donc un ouvrage hors du temps qui comme Amine Maalouf l'a fort bien énoncé dés le départ, ne devrait même pas exister car le fait qu'il reste une référence signifie que le monde ne va pas bien. 

 

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Extraits

 

 

(page 17 à propos de nos différentes appartenances) "C'est justement cela qui fait la richesse de chacun, sa valeur propre, c'est ce qui fait que tout être est singulier et potentiellement irremplaçable."

 

 

(page 28) "L'humanité toute entière n'est faite que de cas particuliers, la vie est créatrice de différences, et s'il y a "reproduction", ce n'est jamais à l'identique."

 

 

(page 42) "Lorsque nous installons telle communauté dans le rôle de l'agneau, et telle autre dans le rôle du loup, ce que nous faisons, à notre insu, c'est accorder par avance l'impunité aux crimes des uns."

 

 

(Page 50) Le pays d'accueil n'est ni une page blanche, ni une page achevée, c'est une page en train de s'écrire."

 

 

(Page 76) "Quand... des musulmans du tiers-monde s'en prennent violemment à l'Occident, ce n'est pas seulement parce qu'ils sont musulmans et l'Occident chrétien. C'est aussi parce qu'ils sont pauvres, dominés, bafoués et que l'Occident est riche et puissant."

 

 

(page 110) "Une vision du monde qui transcende notre existence, nos souffrances, nos déceptions, donne un sens à la vie, à la mort (...) Séparer l'Eglise et l'Etat ne suffit pas : tout aussi important serait de séparer le religieux de l'identitaire."

 

 

(page 124) Respecter quelqu'un, respecter son histoire, c'est considérer qu'il appartient à la même humanité, et non à une humanité différente, une humanité au rabais.  

 

 

(page 142) Chacun devrait pouvoir assumer, la tête haute, sans peur et sans rancoeur, chacune de ses appartenances. 

 

 

(page 153) Un homme peut vivre sans aucune religion, mais évidemment pas sans aucune langue.

 

 

(page 170) Une laïcité sans démocratie est un désastre à la fois pour la démocratie et pour la laïcité. 

 

 

(page 177) Parce qu'on porte déjà sur son visage la couleur de son appartenance, parce qu'on fait partie de ceux qu'on appelle dans certaines contrées "les minorités visibles", alors on n'a pas besoin de longues explications pour comprendre que les mots de "majorité" et de "minorité" n'appartiennent pas toujours au vocabulaire de la démocratie. 

 

 

Pascal Marchand

 

 


26/01/2016
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Bande dessinée / "Hello Monsieur Hulot" de David Merveille d'après Jacques Tati

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Hello Monsieur Hulot

de David Merveille

Editions du Rouergue

2010

 

Retrouvez le monde de M. Hulot dans ce magnifique ouvrage de bande dessinée signé David Merveille. 

On connaît parfaitement le monde poétique et onirique de Jacques Tati, alias Monsieur Hulot.

"Jour de fête", "Mon Oncle",  "Les Vacances de Monsieur Hulot", "Play Time" et d'autres encore font désormais partie de la culture du cinéma et de la culture tout court.  

Au travers de ces films, Jacques Tati démonte les excès du monde moderne avec la poésie d'un Jacques Prévert, l'humour burlesque d'un Charlie Chaplin. 

Il aime les gens simples, ceux qui font la vie tout autour de nous. Il y a un côté clown de théâtre dans ces déambulations presque aléatoires où on jubile de cette confrontation comique à la rigidité du monde.

C'est un esprit de liberté qui continue d'émouvoir car, même à une époque qui ne ressemble plus beaucoup à celle de M. Hulot, cette envie et ce besoin de regarder le monde avec des yeux joueurs sont plus que nécessaires. 

 

David Merveille retranscrit complètement cet univers si ancré dans la réalité de tous les jours, et aussi totalement hors du temps.

 

Histoires, dessins couleurs, la France des années Tati raviront les inconditionnels du cinéaste tout comme les lecteurs d'aujourd'hui. On sourit, on rit même parfois et on retrouve ce parfum du temps retrouvé où l'on savoure chaque instant comme un bon gateau qu'on déguste petit morceau par petit morceau.

 

Un livre à découvrir ou redécouvrir. Laissez-vous emporter dans l'univers de Jacques Tati que s'est approprié David merveille...

 

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Bande-annonce de "L'illusionniste" d'après un scénario de Jacques Tati, 

Tout l'univers de M. Hulot

 


19/01/2016
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Livre jeunesse / "Marco Polo, une vie d'aventurier" - Texte de Pierre Ducrozet

MARCO POLO

"Une vie d'aventurier"

 

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Texte de Pierre Ducrozet

Images de Marie-Charlotte Aguerre

Lu par Hanane Essalhi (CD)

Musiques de Jordi Savall et Antonio Vivaldi

Editions Bulles de Savon - Mars 2012

44 pages + un CD audio

 

 

Avec l'approche de Noël, voici une belle idée de cadeau. Marco Polo raconté aux enfants sur des pages magnifiquement illustrées et sur un CD qui accompagne le livre. 

 

Les aventures de Marco Polo commencent à Venise près des palais et des petites ruelles sombres. Marco Polo cogite. Dans sa tête il est déjà parti. Il ressent le besoin d'aller voir ailleurs, là où beaucoup n'iraient pas. Cette idée de voyage lui est venu de son père Niccolo et de son oncle Maffeo qui ont déjà parcouru l'Asie. Lui aussi veut aller voir de plus près le Grand Khan, empereur des Mongols.

 

C'est ainsi qu'il embarque en 1271 pour Saint-Jean d'Acre, cette ville du nord de la Palestine. Il n'a que 17 ans. 

Après, c'est une Arménie en guerre qu'il doit traverser, puis la Perse parcourue par les brigands. Ce n'est que le début de l'épopée...

 

Tel un roman d'aventures, on suit Marco Polo dans ce qui fut son grand périple. 24 années qu'il racontera à son compagnon de cellule, Rustichello, en 1298 alors qu'ils étaient prisonniers après une bataille contre les Gênois. Et Rustichello émerveillé notera tout ce que lui raconte Marco Polo dans leur cachot sombre. 

 

Quand ils sortiront de prison, Marco Polo repartira avec un livre sous le bras, celui de ses aventures, celui qui deviendra le Livre des Merveilles. 

C'est le livre qui sera diffusé largement par l'imprimerie bientôt naissante. Il donnera envie à d'autres aventuriers d'aller à l'autre bout du monde.

Sans le savoir, Marco Polo a fait de sa vie une ode à l'aventure. Sans le savoir, il est devenu une légende à travers les siècles... grâce à Rustichello qui l'a transformée en écrit. 

 

Les éditions Bulles de Savon ont eu la riche idée de raconter l'existence de personnages exceptionnels comme Marco Polo dans leur collection "Traces de vie". Livre destiné à la jeunesse, cet ouvrage est tout aussi intéressant pour des adultes qui y trouveront un savoir ludique à partager avec leurs enfants ou leurs proches. 

 

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25/11/2015
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Littérature jeunesse - "Le cabanon de l'Oncle Jo" de Brigitte Smadja

LE CABANON DE L'ONCLE JO

 

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De Brigitte Smadja

Editions L'école des Loisirs - 1996

Collection Neuf

126 pages

Illustration de couverture : Franck Margerin

 

 

La venue de Brigitte Smadja à Quétigny au printemps 2016 pour les Rencontreries donne l'occasion de faire un focus sur un de ses ouvrages jeunesse : "Le Cabanon de l'Oncle Jo" qui date de 1996.

Préfacé "Pour mon Oncle Jo, ma tante Denise et mes sept cousins", cela laisse supposer que l'histoire est véridique ou qu'au moins elle s'inspire d'une réalité familliale. 

 

Quoi qu'il en soit, "Le cabanon de l'Oncle Jo" est une belle histoire de famille du temps où le portable n'existait pas. Nous sommes dans la banlieue de Paris, à Saint-Denis. 

La petite Lili n'a pas pu être inscrite à la colo comme ses frères. Sa mère Mina n'a pas d'autre choix que de la faire garder par sa tante Denise et son mari l'Oncle Jo, ainsi que leurs septs enfants. Voilà donc que commencent des vacances d'été dans le monde bétonné qui entoure un immense terrain vague. 

C'est un monde de bruit avec des voisines bavardes qui viennent tous les jours prendre le café chez Tata Denise.

C'est un monde qui sent le savon et l'eau de javel, dans un appartement lavé et relavé quotidiennement.

C'est un monde qui sent la viennoiserie avec les fameuses brioches de la tante qui parfument toute la maison. 

 

Lili va aussi découvrir un oncle silencieux, assis dans son coin et dont personne ne semble se soucier. 

Peu de temps après lui avoir décroché un sourire, l'Oncle Jo disparaît...

Commence alors la deuxième partie de l'histoire, une belle aventure initiatique dans un esprit entre "Le petit jardin" de Jacques Dutronc et le film "Les Enfants du Marais". Les moments éphémères sont vécus à pleins poumons, dans une grande énergie. Et ce qui a été, l'espace de deux années, restera gravé dans la mémoire de cette petite fille devenue femme.

 

C'est un plongeon dans le monde de nos enfances terrées quelque part dans nos têtes, ces enfances qui ont fait de nous les adultes que nous sommes. Ici, la nostalgie est heureuse et parfumée, aussi sans regrets. Comme dirait Charlélie Couture dans sa chanson "La ballade du mois d'août 75" : ça donne un peu de lumière les jours de pluie. 

 

Un beau livre à savourer en famille...

 

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AVT_Brigitte-Smadja_7602.gif  Brigitte Smadja

 

 

 


25/11/2015
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Album / "Ecrivains qui êtes-vous ?" de Pierre Ducrozet - Tableaux de Anna Forlati

Ecrivains qui êtes-vous ?

 

Écrivains-qui-êtes-vous-Une.jpg Textes de Pierre Ducrozet

Illustrations de Anna Forlati

Editions Bulles de Savon - 2015

 

 

 

Heureuse initiative des éditions Bulles de Savon. Elles nous proposent une approche innovante, ludique et vivante du monde des écrivains et des artistes. 

 

Ce ne sont pas des biographies savantes et détaillées. Ce ne sont pas des autobiographies dont beaucoup n'existent pas. Les concepteurs de cet album ont choisi d'allier les deux approches avec tous leurs avantages mais sans leurs inconvénients. 

 

Ce sont des autobiographies dans le sens où ce sont les écrivains qui nous parlent d'eux, sur l'espace d'une page. Pourtant ces autobiographies sont imaginaires. Elles proviennent de l'esprit de Pierre Ducrozet. Celui-ci s'inspire de leur vie pour imaginer ce qu'ils auraient pu dire de leur existence si on avait pu le leur demander. 

 

La présentation est remarquable de qualité, de simplicité et d'efficacité. Sur une page, on peut découvrir l'histoire de l'écrivain racontée à la première personne. Sur l'autre, on découvre le magnifique portrait peint par Anna Forlati au bas duquel est joint une petite biographie rapide d'une dizaine de lignes. 

 

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La magie de cet ouvrage jaillit des émotions suscitées par les mots supposés de l'écrivain.  Il nous parle de l'intimité de son art, de ce qui le meut dans l'art de l'écriture. C'est comme si on entrait dans sa pensée secrète, dans le mouvement des mots qu'il pose sur les feuillets de ses manuscrits. Un extrait d'une de ses oeuvres majeures complète ce voyage littéraire. 

 

Dans la tranquillité de sa maison, on laisse surgir avec bonheur un lien direct et silencieux entre l'écrivain et soi

 

Ainsi, nous entrons dans la vie de 18 écrivains célèbres de la littérature mondiale. 

Jack Kerouac, Gustave Flaubert, Stendhal, Albert Camus, Céline, Hemingway, Marcel Proust, Balzac, Julio Cortazar, Georges Perec, Franz Kafka, Jorge Luis Borges, Dostoïevski, Georges Simenon, Virginia Woolf, Georges Orwell, Italo Calvino, Alexandre Dumas.

 

 

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Est-ce un album pour enfants ? Oui. Pour des jeunes à partir de 10-11 ans. La mise en page est colorée, le décodage des pages est simple. Le format album est celui des livres de l'enfance. 

 

Est-ce un album pour adultes ? Oui aussi. Parce qu'il réveille l'enfant qui sommeille en soi.  Parce qu'il offre une vision synthétique et rapide de la vie de ces auteurs. Parce qu'il donne accès aux clés de l'écriture d'auteurs dont on connaît les noms, certaines oeuvres, sans trop savoir ce qu'ils ont représenté dans l'histoire de la littérature. 

 

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Virginia Woolf peinte par Anna Forlati

 

Et puis, en plus de tout cela, le livre comme objet est tout simplement beau. Il donne envie qu'on l'ouvre, simplement pour regarder les portraits et les couleurs, ces mots qui nous sont directement destinés. 

 

Dans cette collection "Qui êtes-vous" au Editions Bulles de Savon, on trouve aussi :

"Peintres qui êtes-vous ?" de Jean René - Illustrations : Marcelino Truong

"Poètes qui êtes-vous ?"

Et bientôt arriveront "Explorateurs qui êtes-vous?" , "Rebelles qui êtes-vous ? "...

De quoi réveiller son impatience....

 

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Editions Bulles de Savon 

Bas de Rochefort

69850 Saint-Martin-en-Haut

Tél 09.86.20.31.13

Site Internet - Lien direct :  www.editions-bullesdesavon.com/

 

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L'écrivain Georges Perec avec son chat par Anna Forlati


27/09/2015
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