Ecole Primaire Les Cèdres Quetigny

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Livre / "Gustave Courbet, le peintre de la liberté" de Michel Ragon

« Gustave Courbet , peintre de la Liberté »

de Michel Ragon

 

Editions Fayard, 2004

456 pages 

 

 

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De prime abord, on pourrait dire que le livre de Michel Ragon est une biographie de la vie de Gustave Courbet. Ce n’est pas faux. Pourtant, c’est bien plus que cela.

 

C’est à la fois une biographie bien sûr, mais surtout un roman, un document d’histoire de l’art, un document d’histoire tout court, de géographie historique aussi entre le Jura (Ornans), Paris, la Normandie et la Suisse du côté de Martigny, pas très loin du lac Léman, bref une mine d’informations sur ce que furent le XIXème siècle, les gens d’influence de cette période, la vie du peuple à cette époque, la campagne et la ville, la ruralité et l’urbanité.

 

 

 

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Enterrement à Ornans - Gustave Courbet

 

 

C’est une grande épopée séculaire, tout en mouvements qui se lit comme une fiction. Et pourtant, il s’agit bien de la réalité passée au crible des évènements historiques, des témoignages, des correspondances d’artistes et de mécènes, des relations d’artistes souvent tumultueuses, emplies de jalousie et d’envie, de traîtrise mais aussi d’entraide. On découvre comme les chefs d’œuvres de l’art pictural sont inscrits dans un contexte bien moins glamour que l’émotion qu’ils dégagent à nos yeux maintenant.

 

Lire l’ouvrage de Michel Ragon, c’est (re)découvrir le XIXème siècle, ses révolutions, la Commune, le développement industriel, l’art et la peinture en particulier par la vie d’un homme aux contradictions profondes, à la fois hors de tout courant et pourtant si proche, politiquement très engagé du côté des défenseurs des plus pauvres et en même temps un homme d’affaire intraitable et souvent égocentrique, calculateur, qui gagna beaucoup d’argent. Les contradictions de l’homme sont comparables à celles de ce siècle, entre conservatisme royaliste et révolution bourgeoise, entre mouvements populaires et bourgeoisie qui joue les mécènes, entre rivalités d’artistes sur fond de nécessité économiques.

 

 

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Parfois, on peut ressentir des émotions comparables à la lecture des Misérables dans la manière d’entrer dans une époque troublée via la vie de cet homme hors du commun, c’est certain.

Ici, pas d’usine dans le nord, mais une ferme franc-comtoise qui l’a vu naître, le pays d’Ornans qui a marqué profondément sa peinture. Homme excessif, dont la vie est marquée par le scandale, il a presque tout réussi et finalement tout perdu. Ici pas un Jean Valjean, soucieux de ceux qui l’entourent, mais un homme libre, attentif à peindre le peuple contre les élites, à défendre les moins cultivés contre le pouvoir des académies et, en même temps, à vivre dans les excès de la bourgeoisie.

 

On peut aussi retrouver les élans de temps à autre de "Dix jours qui ébranlèrent le monde" du journaliste écrivain américain John Reed  propos de la Révolution Russe de 1917.

 

Le « roman » est traversé par de nombreux personnages comme Pierre-Joseph  Proudhon, précurseur de l’anarchisme , et Jules Vallès, écrivain et journaliste, insurgé de la Commune, fondateur du journal « Le Cri du peuple ».  On y rencontre aussi les grands noms de la peinture qui, pour certains, n’avaient pas encore la célébrité qui est la leur aujourd’hui,  Manet, Delacroix, Ingres, Corot… aussi les écrivains et poètes, Baudelaire, Victor Hugo… sans oublier les mécènes, les critiques d’art, Champfleuri et les autres…

 

Michel Ragon a basé ce livre sur un formidable travail de recherche d’archives. C’est ce qui le rend si dense et si prenant. On peut comprendre au final comme il est difficile de classer Gustave Courbet, peintre anticonformiste au possible, autant séduisant que répulsif, autant soutenable qu’insupportable.

 

Celui qui refusa la légion d’honneur avait dit à ce sujet :

« Quand je serai mort, il faudra qu’on dise de moi : celui-là n’a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime, si ce n’est le régime de la liberté. »

 

Cette phrase sonne comme un étendard pour celui qui osa peindre « L’Origine du Monde »…

 

 

 

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Constance Quéniaux, danseuse à l'Opéra - Le visage caché de "L'Origine du Monde"

 

 

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12/05/2019
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